GUYANE : Le Génocide  du peuple WAYANA ?

Tout nouveau:le Parc Amazonien de Guyane: Alukus et Amérindiens
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Guyane: les ravages de l’orpaillage


       Pétition contre  la mort annoncée des Amérindiens WAYANAS
                      http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2011N5094



Document: source journal  LIBERATION 11/05/2009
http://www.liberation.fr/terre/0101566463-guyane-les-ravages-de-l-orpaillage

Kindy Opoya. «Je suis née en 1986 à Talhuen, un village à environ deux heures de pirogue en amont de Maripasoula. Je suis assistante de vie scolaire. Aujourd’hui, le quotidien dans nos villages, c’est la peur des garimpeiros. La peur, jour et nuit. Ils ont envahi notre vie. Chaque jour, nous craignons de trouver notre abattis dévasté : ils pillent et emportent la canne à sucre, les dachines, les bananes… Chaque jour, nous avons peur de faire une mauvaise rencontre en forêt. La nuit, on dort mal : le bruit des pirogues à moteur nous réveille, les clandestins volent nos moteurs pour remplacer ceux que les gendarmes leur ont saisis. Beaucoup de villageois dorment armés.

«On a peur, bien sûr, mais parmi ceux qui ont peur, il y en a qui veulent se défendre. Il y a déjà eu des échanges de coups de feu. L’eau du fleuve qui passe devant notre village est sale. Sale et blanchâtre depuis plusieurs mois. Il devient gênant de laver son linge, de se laver, de laver son enfant qui va boire cette eau en se baignant. C’est à cause d’un nouveau chantier d’orpaillage, très grand, sur la crique Lipolipo. Dans nos villages, les puits et pompes mis en place par l’administration ne fournissent de l’eau potable que quelques heures par jour, le matin seulement.

«En octobre, les légionnaires sont arrivés à Twenke. Au début de leur installation, ils faisaient bien leur travail : aucune pirogue de clandestins ne passait, ils défendaient vraiment le fleuve, sans avoir peur de bousculer les clandestins ni de jeter leurs cargaisons à l’eau. Un jour, ils ont sévèrement battu un clandestin devant tout le monde. Mais je crois qu’on leur a fait le reproche d’être trop agressifs. Depuis, ils sont devenus moins énergiques.

«Les gendarmes, c’est autre chose. Ils sont calmes et ordonnés, ils disent qu’ils attendent les ordres du sous-préfet pour intervenir, mais les ordres ne viennent pas. Ils se plaignent souvent que le sous-préfet ne leur donne pas assez de moyens. Ils disent que le fleuve est international, et qu’ils ne peuvent pas arrêter les gens qui y passent. Parfois ils contrôlent tout de même les pirogues, mais les Brésiliens s’amusent d’eux : ils leur montrent de fausses autorisations rédigées en néerlandais pour travailler en amont, du côté surinamien, mais une fois passé le contrôle, ils traversent le fleuve pour se rendre à Lipolipo, du côté français. Les gendarmes le savent, mais ne peuvent rien faire. Les clandestins n’ont pas peur des gendarmes. Ils se regroupent à dix ou quinze pirogues, ils ont des moteurs de 115 chevaux, ils foncent.

«Malgré l’arrivée des légionnaires et des gendarmes, la situation n’a fait que s’aggraver. Ils ne parviennent pas à retenir les clandestins, ils sont débordés. Il y a cet énorme chantier d’orpaillage du côté français contre lequel ils ne font rien : j’ai parlé de Lipolipo, mais il y a aussi Pëlekumalu, où les clandestins sont plusieurs centaines. En face, au Surinam, ils stockent leur matériel. A Yaopasi, presque en face de Twenke, mais aussi tout près de Maripasoula : là, il y a une grande ville nouvelle construite par les Brésiliens.

«Il y a aujourd’hui environ dix gendarmes et quarante légionnaires à Twenke. Ils logent dans les carbets des villageois. Ils ont construit des tinettes partout. Avec les quads qu’ils ont pris aux clandestins, les gendarmes dévastent le terrain. Lorsque nous arrêtons une pirogue de clandestins, ils nous empêchent de nous servir, mais eux-mêmes font la cuisine avec les marchandises qu’ils saisissent. Les Amérindiens se disputent aussi entre eux à cause de l’orpaillage. Il y a ceux qui se résignent et ceux qui se battent. Ceux qui, petit à petit, se lancent dans le commerce avec les orpailleurs, d’autres encore qui se lancent dans l’orpaillage. Les chefs coutumiers sont de plus en plus contestés. Mais que peuvent-ils faire ? Aux vacances scolaires, tous les villageois qui le peuvent se rendent sur le littoral, comme moi-même. Il n’y a plus de douceur de vivre chez nous.

«Je souhaitais témoigner de ce qu’est devenue notre vie. Les journalistes ne restent jamais assez de temps pour comprendre tout ce qui se passe, mais quand même, c’est bien, ils font des reportages, aujourd’hui beaucoup de gens sont au courant t: autorités, médias, la population en Guyane et en France. Mais ils ne savent pas que depuis plusieurs années, presque tous les jours et toutes les nuits, notre vie est en désordre.»

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***  LES WAYANAS  ***

                                                      1- Origine historique et localisation actuelle: 

                            Les Wayanas issus de l'ancien peuple Caraïbe ( région du vénézuela), seraient venus vers le VIII e siécle de notre ére.  Ils vivent à proximité des fleuves, essentiellement au Sud de la Guyane sur le Haut-Maroni (voir la carte ci-dessus) ,  une partie de l'ethnie habite au Surinam  ( Dans ce pays ils sont la  proie de missionnaires  protestants américains proches de sectes connues et qui utilisent des méthodes plus que douteuses)  , ainsi qu'au Brésil ( où ils sont parqués dans des réserves) . Avant, les villages se déplaçaient  tous les 7ans, actuellement cette population  d'environ 1500 personnes , est sédentarisée et vit dans des carbets.

                      Complément d'information: Source: http://www.cyberacteurs.org/actions/commentaires.php?id=168

Afin que chacun connaisse l'histoire des Wayana en Guyane je vous invite à lire ces quelques lignes :
Les Wayana étaient essentiellement établis depuis une époque très reculée sur les rives du Jari et du Paru au Brésil (avec une tradition d’agriculteurs semi-nomades).
Suite à des conflits notamment avec les Oyampis (établis eux aussi sur le Jari et qui effectuaient des razzias esclavagistes pour les portugais) ils remontèrent vers la Guyane à la moitié du 18ème siècle (1760) et s’établirent sur la rivière Marouini (affluent du Maroni ou Litani). Leurs villages étaient alignés en chapelet sur un chemin reliant cette rivière au Jari et au Paru, et prolongé jusqu’au pays des Arimoucho, sur le Tamouri, affluent de l’Oyapock puis jusqu’à la Waki (affluent du Tampoc).
Les Boni occupèrent le cours inférieur du Marouini dès la fin du 18ème siècle (ce qui laisserait penser que les Bonis furent les premiers occupants des espaces occupés par les villages amérindiens actuels du Maroni).
Les Boni introduisirent les outils en fer auprès des Wayana, et leur enseignèrent l’art de la construction de pirogues capables d’affronter les rapides.
Dès le début du 19ème siècle l’habitat des Wayana changea de caractère et les divers groupes s’établirent sur le cours même des grandes rivières.
Actuellement les Wayana sur le sol français sont environ 1000 (villages de Pidima, Antecume, Taluhwen et Twenké sur le Litani ou Maroni) et les Teko (village d’Elahé et de Cayodé sur le Tampoc) environ 200.
Parmi eux un nombre important de Wayana (ou apparentés tels que les Apalaï du Brésil (Paru) ou des Wayana du Surinam (Tapanahoni)) est arrivé depuis une trentaine d’années (d’où les difficultés d’obtention de papiers d’identités français pour beaucoup d’entre eux).

Posté par jp
Le 27/10/2010 à 00:16:43


       

                                            2- Orpaillage  et empoisonnement de la population par le mercure:(lien:la santé)

                            Les Wayanas vivent de la pêche, de la chasse et de la cueillette mais il faut chasser de plus en plus loin  des villages  pour trouver du gibier qui est de plus en plus  tué par les orpailleurs clandestins, quant au poisson il est pollué par le mercuredes chercheurs d'or clandestins. Les rivières sont boueuses et polluées, leur eau est consommée par la population. L'orpaillage amène de nouvelles populations à entrer en contact avec les Wayanas, qui  n'ont pas souvent l'immunité protectrice contre des microbes ou parasites nouveaux pour eux (la coqueluche tue encore des enfants non vaccinés), d'autant plus que le mercure diminue l'immunité naturelle. L'utlisation du mercure est interdite depuis 2006 mais les orpailleurs clandestins ne respectent pas cette interdiction . L'imprégnation mercurielle est scientifiquement prouvée depuis plus de 20 ans.Cette situation catastrophique est dénoncée par différents organismes comme l'INSERM , L'InVS (institut national de veille sanitaire). Cette pollution par le mercure  a des  conséquences  graves pour la  la santé : neurologiques, intellectuelles,   défaut de coordination des membres,  problèmes visuels, malformations congénitales. En 2004, dans certains villages  le taux de mercure était de 27,2 µg  (Norme OMS 10, µg  ) .

                                                                        3-  Le désespoir et le suicide: 

                          Leur désespérance est entretenue ou accrue par l'alcool , la violence, les menaces, les vols, viols et pillages qui accompagnent ou suivent souvent l'arrivée des chercheurs d'or. Cette arrivée massive d'orpailleurs ainsi que le mercure qui empoisonne les fleuves et l'environnent  sont en grande partie les causes de nombreux suicides qui se multiplient chez les jeunes. Cette arrivée est, en plus du mercure qui pollue les fleuves et l'environnement, sans doute une des causes des épidémies de suicides qui se développent chez les jeunes wayanas depuis la fin des années 1990. Avant ces années il n'y avait jamais eu de suicide en pays amérindien.

                                                                  4-  La protection de l'état français:

                          Pourtant  ce territoire français ( La Guyane est un département français, ou la loi  qui devrait être la même qu' à Paris,  est théoriquement protégé ,depuis 1970  il  est accessible uniquement sur autorisation préfectorale(cette interdiction pourrait être levée avec la création du parc national de Guyane ce qui mécontente profondément les Wayanas) . Les gendarmes sont très peu nombreux et manquent de moyens face à l'ampleur du problème (n'oublions pas qu'il ya des milliers de km ² de forêt équatoriale dense- la superficie de la Belgique ou de la Suisse!!- et que les fleuves et rivières sont très nombreux). Le fleuve Maroni n'est pas une frontière comme le sont les fleuves en Europe, ce serait plutôt " une autoroute " favorisant la pénétration de la forêt, il facilite le passage  illégal des clandestins brésiliens et surinamais. De nombreux villages clandestins existent protégés par l'épaisseur de la fôret( ce qui peut paraître invraisemblable en métropole), ils ne sont même pas visibles depuis un hélicoptère. L'opération" Anaconda " ( Ce sont des opérations de gendarmerie menées contre les sites d'orpaillage clandestins depuis 2002,elles consistent à repérer les sites clandestins d'orpaillage et à intervenir immédiatement pour détruire des pompes ,des moteurs ou des groupes électrogénes sans lesquels l'extraction de l'or est impossible. En 2005  300 motos-pompes, 80 groupes électrogène, 130 pirogues, 30 véhicules ( transportés démontés  en pirogue ou à dos d'hommes) ont été détruits, le tout pour une valeur estimée à 20 millions d'Euro. Le but est de décourager les clandestins. Il y a 3 ans on a découvert de très  gros villages clandestins (  au sud de la Guyane , vers Camopi, à la proximité du Brésil )avec 300 carbets, 1500 personnes, épiceries,bars, église, paraboles de télévision, discothèque, prostituées en grand nombre, médicaments, mulets. Les orpailleurs ont tourné la difficulté en créant de petits villages  dispersés sous la forêt équatoriale et difficilement repérables depuis un hélicoptère. Le ravitaillement se fait de plusieurs façons: pirogues, mais aussi par hélicoptéres de sociétés privées transportant même des fûts de gasole!.)Les sites clandestins visibles sont détruits, mais dés les opérations terminées , les clandestins, qui se sont enfouis dans la forêt en entendant l'arrivée des hélicoptères , ont des guetteurs qui  les préviennent  par  radio BLU (ce qui explique que peu de clandestins soient arrêtés).Ils reviennent immédiatement et recontruisent leurs villages. Le manque à gagner pour la France est très important car la plus grande partie de l'or est passée clandestinement au Brésil ( Oyapoque en face de Saint Georges de l'Oyapoque )ou au Surinam.

                                         5 -  La tension entre  Wayanas et Alukus,entre Wayanas et orpailleurs
                  Les enfants des villages Wayanas (trop éloignés de Maripasoula) viennent suivre leurs études secondaires au collège de Maripasoula qui n'a pas d'internat. Ils vivent dans des familles d'accueil (rémunérées par le Conseil Général) d'une autre ethnie: les Noirs Marons ou ALUKUS qui eux sont favorables à l'orpaillage ( car nombreux parmi eux sont orpailleurs) alors que les Wayanas y sont opposés. Il en résulte un durcissement du comportement de la population aluku à leur égard.Affrontements aussi avec des orpailleurs clandestins qui violent leur territoire.
       
                            Actualité : 22 Octobre 2007- Guyane : Affrontements entre Amérindiens et orpailleurs clandestins                                                                                      Source : article mis en ligne sur le site  IRCA  
 
(ICRA International: Mouvement de solidarité avec les peuples autochtones. Apolitique et non confessionnelle, totalement indépendante).
                         
Sources:AFP('Agence France Press, Blada (Journal de Kourou), Les Verts Guyane, Journal France-Guyane.
                       
                                                                                                                                                 
                                                                                                     
                            Des fusillades ont éclaté à deux reprises en moins d'une semaine en Guyane dans les villages amérindiens de
Elahé et de Cayodé en amont du bourg de Maripasoula. Les instituteurs des villages concernés ont dû quitter leur poste mercredi. Les violences sont liées à un racket des orpailleurs clandestins par des villageois, selon un élu de Maripasoula et une source proche de l'enquête. “ Le premier coup de feu a eu lieu le week-end dernier à Elahé, puis il y a eu de nouveau des tirs la nuit de mardi à mercredi à Cayodé. Un Amérindien a été légèrement blessé ”, a déclaré à l'AFP un adjoint au maire de Maripasoula. Les coups de feu auraient été tirés par des orpailleurs brésiliens, selon les premiers éléments de l'enquête de gendarmerie.Elahé est lepremier village amérindien à une heure de pirogue en amont de Maripasoula à la frontière fluviale du Surinam, accessible seulement par pirogue ou par la voie des airs. Elahé, comme Cayodé plus en amont, est aussi unpoint de Passage obligé vers les sites d'orpaillage clandestins de la rivière Waki . Des habitants amérindiensd'Elahé et Cayodé pratiquent le racket sur les orpailleurs clandestins brésiliens pour les laisser passer en pirogue vers les sites illégaux. A Elahé, on se vante que les groupes électrogènes du village fonctionnent grâce au gasoil racketté sur le dos des orpailleurs”, a encore raconté l'élu de Maripasoula . (a-commentaire  à la suite du document) .“ Ce racket existe depuis un peu plus d'un an, a confirmé à l'AFP un orpailleur français de Maripasoula. “ Au départ, c'était lié à un ras-le-bol des habitants face à l'orpaillage clandestin. Les gens se font payer en pépites ou en carburant, a-t-il ajouté. 

         Selon le commandant de la gendarmerie en Guyane, le colonel François Müller, la situation est vraiment préoccupante. Le militaire a ajouté: “ A Maripasoula, la population entretient des rapports extrêmement ambigus avec les orpailleurs clandestins. Vous avez une partie des habitants qui a peur, une autre partie qui profite de cet orpaillage clandestin et des instituteurs qui se retrouvent au milieu de tout ça quelques mois après avoir été nommés dans ces endroits complètement isolés du sud de la Guyane .(b-commentaire à la suite du document).

 
         Selon le journal France-Guyane, ce ne sont pas les enseignants qui ont exercé leur droit de retrait, mais le rectorat qui leur aurait demandé de partir, contre leur volonté. Quant aux Amérindiens, plus que jamais abandonnés, empoisonnés par l'orpaillage, et maintenant terrorisés, l'heure est au désespoir, et, qui sait ?, à la résistance . On se croirait revenus à l'époque de Jean Béna et du préfet Vian ! Le capitaine de gendarmerie de Maripasoula commente : “ nous ne disposons pas encore d'informations ou de témoignages suffisants pour prendre des décisions ”.

Les Verts-Guyane s'indignent

Les Verts-Guyane s'indignent de la situation désastreuse existant sur le Haut Maroni, où la violence liée à l'orpaillage progresse continuellement. Dans cette région qui fait partie du Parc national et qui est également zone de vie des Communautés Amérindiennes de Guyane, l'État a renoncé depuis longtemps à ses pouvoirs de police et dénie aux habitants, parmi tant d'autres droits essentiels, le droit à la sécurité. Les villageois d'Elahé et Kayodé doivent désormais faire justice eux-mêmes
.

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                     Commentaires G Tonkeul:  a-De nombreux habitants de Maripasoula ont de "vifs" intêrets dans l'orpaillage.
             
                                                                          b-Instituteurs: Pour leur premier poste le Rectorat   met souvent  les nouveaux instituteurs en sites éloignés (pas d'eau courante, pas de magasins, pas d'électricité , pas de moyens de transport, moyens de santé très précaires,  téléphone?)car les autres ne veulent  pas venir!!. Un instituteur Métropolitain installé depuis longtemps à Elahé, Didier MAUREL ,  marié à une Amérindienne Ti'iwan (émérillon-wayana d'Elahé  recrutée  comme médiatrice culturelle car s'exprimant  couramment dans les deux langues)  parlait le Wayana et faisait  un travail extraordinaire avec ses élèves.Ecoeurés  par l'orpaillage , la pollution et la violence ,Ti'iwan et Didier  ont  malheureusement décidé de quitter le village.

                                                     6- La création du parc national  de guyane de Guyane:
                       
            Crée par le décret n° 2007-299 du 27 février 2007, le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable pronnonce la création du parc national dénommé "Parc amazonien de Guyane". Ce parc n'est pas accepté par les Wayanas.



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 Nb Commentaires  G.Tonkeul: J'ai vécu  2 ans à Maripasoula  , je suis allé en pays wayana . Cette population est en train d'être exterminée lentement. Depuis une quinzaine d'années nos gouvernements de gauche ou de droite sont au courant . Nos gouvernants et nos médias nationaux nous parlent du Darfour, de la Birmanie et ils ont raison, mais ils oublient ( sauf le Monde, Le Monde diplomatique, Libération )de nous informer de ce qui se passe sur le territoire national.   Peut-on sacrifier 1500 personnes ?, c'est peu par rapport aux 5000 morts accidentés de la route, c'est rien par rapport  aux  sommes énormes générées par l'or et son trafic.
                      En 1997  le Préfet Dominique VIAN (**)  de la Guyane, Préfet de la République Française,  Oui  le Préfet avait "délégué" le maintien de l'ordre dans la région à un orpailleur
Jean BENA(**) qui possède une milice privée très bien armée (mieux que les gendarmes) , il est connu à Maripasoula et au Surinam pour les méthodes"très musclées "qu'il emploie. Que dire du Ministre des Terrtoires d'outre mer  Jean Jacques QUEYRANNE(**) et du même préfet qui ont rencontré cet orpailleur  en juin 1998  .
                     Que dire, en 1999, d'un autre Préfet,  Henri MASSE(**) qui avait autorisé ,à ce même orpailleur, le transport  de matériel d 'orpaillage par pirogues ( exemple :pelleteuses démontées et convoyées par  pirogues puis remontées sur place) mais il en avait interdit l'utilisation ??? Ceci se passait sur la Waki un affluent du fleuve Maroni en plein pays amérindien Wayana protégé par un arrêté préfectoral de 1970 qui interdit l'entrée sur ce territoire).

                      (**)Noms cités dans des articles parus dans : Le Monde Diplomatique de Février 2001 ,article de Maurice LEMOINE(journaliste au Monde),et le Monde
du 7 Juillet 2001 , article de   Laurent MAROT (Journaliste rédacteur RFO)  et  de Frédéric FARINE
 (Correspondant La Croix, RFI, RFO).

                    
                         En 1997 ,à Maripasoula ,un commerçant  ayant boutique sur rue m'a proposé une Kalachnikov plus 500 balles pour la somme de  5000 fr (762,5€).

                       En traversant le fleuve Maroni  pour aller au Surinam,(photo floue ci -dessous) j'ai accosté par erreur à proximité d'une propriété appartenant à Jean BENA , j'ai été reçu par quelques "sympathiques" hommes patibulaires équipés de kalachnikov , j'ai bien cru que je ne reverrais pas Maripasoula, il faut préciser que j'avais des vêtements et des chausssures de surplus militaires (fort utile en Amazonie),et que je ressemblais à un gendarme en "battle dress". J'ai été sauvé par mon accompagnateur Aluku qui parlait la même langue que les miliciens,sans lui je ne temoignerais pas aujourd'hui.  Les gendarmes  français ne sont pas spécialement  appréciés car ils essaient comme ils peuvent de faire respecter un peu d'ordre sur la rive guyanaise évidemment.

                                                         

                                                                                Propriété de  Jean Bena à Machine côte surinamaise
                                                                     Source:  photo extraite du  film de Philippe LAFAIX: La loi de la Jungle

                            L'or attire de nombreuses protituées (qui ont beaucoup d'heures de vol ! mais  celà n'a pas grande importance ,leurs clients vivent souvent en forêt pendant des semaines ) qui se font  payer en poudre d'or (taux en 1998 :une passe = 4 gr d'or =200f environ 31 € , une nuit =10 gr =500fr environ 76 €). En 1998 chez certains commerçants la  plupart des échanges se faisaient en  poudre d'or.
                                    
                                                                    7- Compléments d'information
   
                      
1-Article sur la Santé
                                                      mars 2006: Mercure, malformations et infanticides Article de Fréderic  Farine pour RFI
Source RFI Radio France Internationale

Quatre espèces de poissons carnivores, dont l'aïmara (photo), sont responsables de 70% de la contamination au mercure. L'aïmara est l'un des poissons les plus faciles à pêcher.
(Photo : Jody Amiet)


        Anormalement élevées depuis une première étude réalisée en 1994, les concentrations en mercure dans les cheveux des Amérindiens du haut Maroni (environ 1 000 personnes) continuent à augmenter, révèle une enquête menée l’an dernier. Le résultat d’une étude parallèle sur le taux de malformation congénitales dans ces communautés, est, en revanche, sujet à caution. L’étude n’a pas pris en compte les pratiques infanticides.

« Les bébés malformés ou prématurés étaient tués par la famille. Il fallait que la race soit correcte, on ne voulait pas d’handicapés chez les Wayanas. Ca s’est pratiqué jusqu’à l’arrivée des Blancs (assimilée à la mise en place des communes du Maroni en 1970). Ca se fait moins depuis que les femmes enceintes sont déclarées. Mais ça se fait encore en cachette. C’est triste de laisser grandir un enfant handicapé » :  Aïkuwalé Alémin en parle spontanément. Cet Amérindien est agent de santé à Antécume Pata, village de 250 âmes, à 3 heures de pirogue en amont de Maripasoula, commune elle-même enclavée sur le haut Maroni, face à la forêt du Surinam. Akama Opoya, autre Wayana, médiateur culturel à Kayodé, confirme : « Chez nous, les bébés malformés ont été tués par les parents jusqu’en 1996 environ. Le problème se pose toujours pour la fille enceinte sans mari. La famille élimine le bébé ».

        Révélant un autre monde au sein de la République, ces témoignages battent en brèche une récente enquête sur les malformations congénitales menée dans ces villages isolés. « Personne ne nous a fait état de telles pratiques », se défend Thierry Cardoso, médecin épidémiologiste qui a réalisé (à partir de 246 naissances officielles entre juin 93 et juin 2005) l’enquête ayant conclu à un nombre « non excessif » de malformations. « Ils sont passés à côté des infanticides. Les grossesses ne sont pas toutes déclarées, et un mort à la naissance ne fait pas l’objet de vérification », confient deux médecins longtemps en poste à Maripasoula. « Les Amérindiens éliminaient aussi un  jumeau sur deux par le passé », poursuit l’un d’eux. « Des Bonis (descendants de noirs marrons) de Maripasoula en ont recueilli. Une Amérindienne sauvée y vit toujours. Sa sœur jumelle, restée en pays indien y est décédée en 1998, victime de la dernière fièvre jaune diagnostiquée en Guyane ».

        A la Direction de la Santé et du développement Social (DSDS) à Cayenne, on renvoie la balle : « S’il s’agit d’infanticides suite à des grossesses non déclarées, on ne pourra rien vérifier, la priorité serait plutôt de mieux suivre les grossesses ». Le Conseil général, chargé de la prévention, prévoit l’achat d’un appareil à échographie portable pour aller dans les villages. D’ici là, des Amérindiennes enceintes continueront à affronter en pirogue, les cascades du fleuve jusqu’à Maripasoula, au gré des arrivées par avion de Cayenne de médecins pratiquant l’échographie.

« On est en train de fabriquer des crétins »

        Aucun professionnel ne conteste, en revanche, cette conclusion du docteur Cardoso : « en l’état des connaissances, les 8 malformations congénitales observées (2 hydrocéphalies, une trisomie, une agénésie des 2 oreilles, une imperforation anale et du conduit auditif, une anomalie vasculaire et une autre d’un rein) ne peuvent être liées au mercure». Mais pour l’un de ses confrères : « On a fait l’erreur de se focaliser sur les malformations visibles pour savoir si c’était lié au mercure. Or le mercure qui s’attaque au système nerveux central provoque déjà des troubles fonctionnels chez les enfants et l’intoxication augmente. On est en train de fabriquer des crétins ».

        L’autre étude réalisée en juin 2005 par le docteur Cardoso et son équipe en atteste : 84% des adultes Wayanas et Emerillons, les deux groupes amérindiens du haut Maroni, ont des concentrations en mercure dans les cheveux excédant la barre de 10 µg/g fixée par l’Organisation mondiale de la santé contre 64% lors de l’enquête réalisée en 1997 (les enfants sont passés de 50 à 54% au-dessus de 10µg/g). Or dès 1998, selon l’Inserm, des tests avaient révélé des altérations du champ visuel, des troubles de la coordination et de la mobilité, liés au mercure, chez les enfants. Des déficiences probablement irréversibles selon une étude aux Iles Féroé sur des enfants intoxiqués à des taux similaires. Hormis quelques cas isolés (qui consomment leur pêche à Sinnamary et dans un village amérindien très en aval sur le Maroni), les Amérindiens du haut Maroni sont, de loin, les Guyanais les plus contaminés.

        La raison : ce sont les plus gros consommateurs de poisson (de 250 à 600 grammes par jour). Quatre espèces carnivores, les plus contaminées : l’huluwi, l’aïmara, le mitala et le piraï, leur apportent 70% du mercure. « Ce sont aussi les plus faciles à pêcher » glisse Akama Opoya. « Il y a 3 sources de contamination des poissons », explique Alain Boudou écotoxicologue et président de l’Université de Bordeaux 1, « le mercure oxydé stocké dans les sols en grande quantité en Guyane et que l’homme libère surtout par les activités d’orpaillage mais aussi par la déforestation et la construction de routes ; celui utilisé pour amalgamer l’or au cours de la ruée du début du 20e siècle, et à nouveau aujourd’hui depuis la reprise forcenée de cette activité il y a 15 ans ».

        Encourager un virage alimentaire

        Certes la Préfecture a interdit l’utilisation du mercure depuis le 1er janvier 2006. Mais cette mesure n’aura aucun effet sur l’érosion des sols libérant le mercure, ni sur les activités aurifères clandestines où l’on se sert toujours de ce métal pour amalgamer l’or. En outre, le mercure est en vente libre au Surinam voisin. La rivière Oulémali « orpaillée », au Surinam, déverse depuis des années ses boues vers Antecume Pata en aval. Coïncidence ? Dans ce village, où certains Amérindiens ont choisi de chercher l’or sur la rive voisine, le taux moyen d’imprégnation est le plus élevé de Guyane : 15µg/g.  En l’état, si la première étude ayant observé la contamination date de 1994, les pouvoirs publics tardent à maîtriser « un dossier pourri », selon une source à la DSDS : « c’est aux gens concernés d’avoir la volonté de changer de régime alimentaire, on ne peut pas décréter qu’on va réduire la contamination sans leur accord ».

        En 2001, les Amérindiens avaient exigé un préalable : l’éradication, notamment sur la rivière Waki, en amont de Kayodé, de l’orpaillage clandestin toujours sous la coupe de patrons guyanais de Maripasoula et de Brésiliens. La position des Amérindiens semble avoir évolué depuis un séminaire de plus sur le mercure à Cayenne en 2005. « Ils se sentent victimes et on leur demande de faire l’effort de s’adapter », peste un médecin de Maripasoula. «On n’a pas d’autre alternative que d’enclencher des modifications de comportements puisque le milieu est contaminé », rétorque Philippe Quénel, responsable de la cellule de veille sanitaire Antilles-Guyane. « Mais il ne faudra pas bouleverser l’équilibre nutritionnel sous peine de se retrouver avec des diabètes, des hypertensions, comme chez les Inuits au Québec », prévient Nadine Fréry de l’Institut de veille sanitaire. Au Canada, après cette expérience ratée, « on n’a plus interdit aucun poisson à un adulte jusqu’à un taux de 30µg/g de mercure dans ses cheveux », confie Albert Nantel, médecin à l’Institut de Santé publique du Québec. A Minamata (Japon) et en Irak, des effets neurologiques sévères ont été observés à partir de 40 à 50µg/g.

        La DSDS, qui a appelé la Croix-Rouge à la rescousse fin 2005 en lui offrant 600 000 euros, veut encourager un virage alimentaire des femmes enceintes, des femmes allaitantes et des jeunes enfants. L’objectif étant de faire chuter le taux de mercure pour les 6 derniers mois de grossesse, les plus dangereux pour le fœtus. Mais un problème pratique demeure : ces villages isolés, ne sont toujours pas électrifiés, impossible donc d’y conserver et d’y varier les aliments. Aïku Alemin, lui, narre le choc culturel : « Je vais dire au village de ne plus manger de poissons contaminés. Certains refuseront. Car priver les Wayanas des aliments de leur enfance, cela revient à voler leurs âmes ».

Nb G Tonkeul:Frédéric Farine , a été   professeur au collège de Maripasoula , il s'attache à dénoncer tous les scandales de Guyane ce qui lui vaut de nombreuses tracasseries locales. Il a été agréssé  par un orpailleur (déja évoqué) voir l'article dans Guyane FarWest.

  2 -Opération Anaconda
                                                                                       
                                              L’ARMÉE FRANÇAISE À L’ASSAUT DES CHERCHEURS D’OR BRÉSILIENS

Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Georges Broussaille.

L’exploitation de l’or en Guyane pollue la jungle et fait des ravages chez les habitants. Mais il y a plus grave : « La Guyane souffre d’un grave problème d’image à cause de l’orpaillage clandestin », comme l’a dit la ministre de l’outre-mer en septembre 2004. Pour corriger ce problème d’« image », l’État envoie l’armée pour raser les villages de Brésiliens clandestins, au cours d’opérations dites « Anaconda ». Seul inconvénient : ça ne sert strictement à rien.

DANS LES TOUT PREMIERS JOURS de l’année, alors qu’en métropole le foie gras et les huîtres pesaient encore sur la digestion, quelques erroristes crapahutaient dans une des forêts tropicales humides de l’Amazonie française, une des zones naturelles les mieux préservées de la planète - sans doute plus pour très longtemps. Depuis quinze ans, le renouveau de la ruée vers l’or a transformé la forêt guyanaise en far-west à la française, où la moto à quatre roues remplace le cheval et où la cavalerie déboule en hélicoptère. En guise de développement durable, les populations de la forêt ont droit à la pollution et aux violences liées à l’exploitation de l’or. En remontant le Maroni, fleuve frontière entre Guyane française et Surinam, nos baroudeurs cherchaient des spécimens de chercheurs d’or clandestins, ceux-là mêmes qui déchaînent les foudres de l’armée, histoire de les épingler dans leur boîte à images. Parmi eux, François, qui connaît bien le fleuve pour y avoir enseigné dix ans avec sa compagne Marie- Claude. Sur la rive surinamienne en amont de Maripasoula, ils sont allés vérifier la version des autorités selon laquelle les orpailleurs « sauvages » du Maroni seraient des brigands sans foi ni loi coupables de tous les maux. Et comme François le raconte à CQFD, ce qu’ils ont vu n’a rien à voir avec ce scénario.

Guidés par des indiens Wayanas, ils tombent d’abord sur un site d’orpaillage abandonné, balafré par la déforestation et pollué par les hydrocarbures, qui leur donne un avant-goût des dégâts. Quelques heures plus tard, ils trouvent enfin une exploitation d’or illégale. Le campement est sommaire : un « dortoir » qui consiste en une bâche en plastique tendue sur quatre piquets et des hamacs, une cuisine sous une autre bâche avec un four en pierre et une grande table. La petite équipe qui bosse là comprend cinq orpailleurs âgés de 20 à 30 ans, un chef de chantier d’une cinquantaine d’années et une femme à tout faire. Tous sont Brésiliens, originaires de l’Amapa, région aurifère à la frontière de la Guyane. C’est un pays de garimpeiros endurants qui connaissent la forêt comme leur poche. D’abord réticents, ils invitent leurs visiteurs à partager un plat de riz et de boulettes de viande. La conversation n’a rien de spectaculaire, ils sont là depuis plus d’un an à trimer une dizaine d’heures par jour. Ils affirment prudemment ne pas trouver beaucoup d’or, mais ne pipent mot sur le salaire qu’ils tirent de leur labeur. Ils n’ont aucun haut fait d’arme à raconter, pas d’attaque de diligence, pas de scalps à exhiber. Ils avouent quand même fréquenter un saloon ouvert par un compatriote à une trentaine de kilomètres de leur camp, l’or y est la seule monnaie utilisée. Ils s’y rendent en quad (moto à quatre roues), seul moyen de transport terrestre, pour se ravitailler et faire la bringue. Pendant quelques heures, ils oublient leurs soucis dans l’alcool et les bras des prostituées, brésiliennes elles aussi. Après le repas, les invités découvrent les conditions de travail de leurs hôtes. Les garimpeiros attaquent le sol avec des lances Monitor qui envoient de l’eau sous pression, la boue est dirigée vers des gouttières jusqu’au tamisage. Souvent ils pataugent dans la gadoue jusqu’à la taille. Le plus grand danger, c’est de tomber dans un trou d’eau. D’ailleurs les noyades sont fréquentes. Rien de tel ce jour-là, juste un bobo, un des gars s’étant blessé à l’épaule. Ses visiteurs le descendront au poste de santé le plus proche, à un jour de pirogue.

La réalité paraît donc bien éloignée des déclarations sarkoziennes sur les nuées de hors-la-loi brésiliens qui mettraient en péril l’État de droit dans notre lointaine colonie, au même titre que les hordes d’islamistes dans nos cités populaires. Pour autant, les ravages causés par l’orpaillage, légal ou pas, sont bel et bien réelles, provoquant la colère grandissante des populations locales. Il fallait que les politiques agissent, ou fassent semblant d’agir. Mais plutôt que de s’attaquer à la racine, ils ont préféré s’en prendre à leur bouc émissaire favori, l’immigré clandestin. Jospin avait ouvert le bal en 1998 : pour cinq ans, la Guyane a eu le privilège d’expérimenter une législation à faire baver d’envie Le Pen et de Villiers. Fini, par exemple, le caractère suspensif des recours contre les arrêtés d’expulsion. Avant que la justice statue sur son cas, un clandestin a déjà eu le temps d’être expulsé par la porte - mais aussi de revenir par la fenêtre, ou plutôt par la pirogue. Comment contrôler toutes les allées et venues sur un fleuve de 500 kilomètres ? La mesure est donc inefficace, sauf pour faire du chiffre. Malgré ça, Sarkozy s’est empressé de la rendre permanente (LSI de mars 2003). Il est vrai que la droite, revenue au pouvoir sur le thème de l’insécurité, ne pouvait laisser passer l’occasion de déballer ses muscles, fût-ce pour la frime.

Les orpailleurs vont en prendre pour leur grade. Depuis 2002, sous l’autorité du nouveau préfet Mancini (un ancien du Raid), l’armée multiplie les assauts contre les forçats de l’or, au cours d’opérations virilement baptisées « Anaconda ». « Un gros reptile amazonien dont on connaît la méthode : il étouffe sa proie avant de l’avaler, s’enthousiasme le colonel de gendarmerie Jean- Philippe Danède dans Le Journal du Dimanche (30/11/03) L’idée est d’asphyxier les orpailleurs clandestins, de couper leurs voies d’approvisionnements en vivres, en matériel et en combustibles. Pour que tout devienne si cher au coeur de la forêt que chercher de l’or ne soit plus rentable. Vous allez voir...  » Et qu’est-ce qu’on a vu ? Que ces raids glorieux ne sont que des coups d’épée dans l’eau. En témoigne leur bilan dans la zone d’orpaillage de Dorlin, sur la commune de Maripasoula. En juin 2003, une opération Anaconda y déniche une mine illégale ainsi que dix-neuf ouvriers, près de trois kilos d’or et du matériel d’orpaillage. Les pandores dynamitent la mine, saisissent une pelle mécanique, des quads, des moteurs, des groupes électrogènes et détruisent une dizaine de carbets, les habitations de fortune qui abritent les garimpeiros. Mais un an après cette héroïque victoire de nos forces armées, tout est à refaire. De retour dans la zone en juin 2004, les militaires découvrent que l’extraction illégale se poursuit en faisant vivre à présent un village champignon de huit cents habitants. Re-belote, re-dynamite ! Cette fois, nos troupes d’élite s’attaquent à deux pelleteuses, dix-huit pompes, trois quads et 36 000 litres de carburant. Avant de quitter les lieux, ils rasent tout le village et ses 227 carbets. Détail amusant, qui démontre le sens pratique de nos braves : c’est avec un bulldozer saisi sur les lieux qu’ils ont tout bousillé.

Résultat ? Six mois plus tard le champignon a déjà repoussé. Ce coup-ci, l’armée décide d’employer les grands moyens. En janvier 2005, elle lance un raid façon Kolwezi : des hélicoptères Puma débarquent des commandos de gendarmes, appuyés par des militaires du génie et du 2e RIMA. À nouveau on s’acharne sur les carbets, pompes, pirogues, quads, gasoil, à quoi s’ajoute une prise de guerre d’un kilo et demi d’or. À nouveau des clandestins sont arrêtés, certains expulsés manu militari tandis que d’autres reçoivent une injonction à quitter le territoire par leurs propres moyens. Abandonnés en pleine forêt, les garimpeiros n’ont souvent pas d’autre option que de voler la première pirogue qui leur tombe sur la main. Dépouillés de leurs maigres richesses, ils sont aussi tentés de se refaire au détriment d’autrui. Chaque opération Anaconda est donc suivie de braquages. La répression ne fait que jeter de l’huile sur le feu, et rendre plus difficiles les conditions de vie des garimpeiros, obligés de s’enfoncer toujours plus loin dans la forêt. L’anaconda tue ses proies en les étouffant, la tactique qui porte son nom ne fait que se mordre la queue. Comment imaginer que ces crève-la-faim qui triment comme des esclaves sont les grands coupables de l’orpaillage clandestin ? De toute évidence, ils n’ont pu financer ni le coûteux matériel destiné à l’extraction ni les tonnes de carburant qu’il nécessite. Faire tourner une pompe demande cent litres par jour, une pelleteuse en engloutit le double. La gendarmerie a calculé que le prix moyen d’un litre de gasoil correspondait à celui d’un gramme d’or. Les 36 000 litres saisis à l’occasion de la descente de juin 2004 représentaient donc à eux seuls un investissement de 36 kilos d’or ! Qui alors se cache derrière ce site, qui sont les donneurs d’ordre des exploitations illégales ? Les autorités, toujours promptes à crier haro sur l’immigré, sont beaucoup moins loquaces pour répondre à cette question. En septembre 2004, Brigitte Girardin, ministre de l’Outre-mer de passage en Guyane, avançait une explication à la Superdupont : « C’est une organisation mafieuse internationale qui tire les ficelles.  » L’anti-France, donc. Mais quand la gendarmerie se donne la peine d’enquêter sérieusement, elle ne trouve qu’un patron... français. Le 28 mars dernier, la justice a ainsi condamné à deux ans de prison ferme et 30 000 euros d’amende le propriétaire de la fameuse mine de Dorlin. Il s’agit d’un certain Jean Bena, qui vivait tranquillement dans sa propriété de Métal, au Surinam, à vingt minutes de pirogue de Maripasoula. D’où il continuerait, chuchote la rumeur, à gérer son bizness. En accusant une vague mafia internationale, ce n’est pas des couleuvres qu’on veut nous faire avaler, mais des anacondas longs de huit mètres.

En réalité, la responsabilité de la situation incombe aux autorités françaises, elles qui ont transformé la Guyane en zone de non-droit du travail pour satisfaire aux exigences de la Fedomg, le syndicat des patrons orpailleurs. Le recours généreux aux autorisations provisoires de travail (APT) pour gérer la main-d’oeuvre étrangère en est un bon exemple. En métropole, ces contrats précaires de neuf mois maximum sont réservés aux ouvriers agricoles saisonniers et aux étudiants obligés de bosser. Mais en Guyane, l’APT est le contrat de base dans le secteur aurifère. En 2003, selon le collectif « Quel orpaillage pour la Guyane ? », l’industrie de l’or employait 889 salariés officiels, dont 539 en APT, brésiliens pour la plupart, soit 60 % de l’effectif déclaré. En métropole, il faut un visa pour obtenir une APT. Pas en Guyane. La distinction entre travailleurs légaux et clandestins est donc parfaitement saugrenue, pour ne pas dire surréaliste. Selon un rapport rédigé en 2000 par la députée guyanaise Christiane Taubira, 75 à 85 % des effectifs réels du secteur de l’or n’auraient pas de titre de résidence ou de séjour temporaire. Bref, le travail « clandestin » reste la norme, pour le plus grand profit des patrons qui disposent ainsi d’une main-d’oeuvre précaire et très bon marché, faisant le va-et-vient entre des exploitations déclarées et d’autres qui ne le sont pas. Si Jean Bena est une exception, ce n’est pas parce qu’il possède une exploitation illégale, mais parce qu’il a été condamné pour cela. Assurés d’une impunité presque complète, les parrains de l’or-pillage peuvent continuer d’empoisonner la population et de détruire la forêt guyanaise. Leurs esclaves sont là pour payer la facture.



                                                              Une multinationale invitée au pillage

C’est tous les jours Noël pour les grands patrons de l’orpaillage guyanais « légal ». Exonérés de taxe professionnelle, ils se contentent de payer une taxe minière royalement fixée à 0,5 % de la production. Pour un kilo d’or à dix mille euros, les collectivités territoriales ne touchent qu’un dérisoire pourboire de cinquante euros. Mais cette gâterie fiscale ne suffit pas à CBJ-Caiman. Ce géant de l’extraction aurifère, filiale de la multinationale canadienne Cambior, a jeté son dévolu sur la Guyane. Mais comme préalable à son installation, il exige carrément une exonération complète de tous les impôts, octroi de mer, impôt sur les sociétés, taxe foncière et taxe sur le carburant. La seule chose qu’il veut bien s’engager à payer, c’est la minuscule taxe minière.

Et ce n’est pas tout : elle réclame aussi le versement d’une subvention de 28 millions d’euros ainsi que la construction - tant qu’on y est ! - d’une ligne à haute tension de cinquante-cinq bornes. Tout ça pour pouvoir détruire au moins trente kilomètres carrés de forêt sur la montagne de Kaw, située en plein coeur d’un parc naturel. Cette région à la biodiversité prodigieuse, territoire des Améridiens Palikurs, accueille notamment une des dernières colonies au monde de caïmans noirs - les vrais, pas ceux des multinationales en costume anthracite. Mais hommes et caïmans ne pèsent pas lourd face aux quatre tonnes d’or que Cambior espère piller chaque année à l’aide de cyanure déversé à pleins jets. Ils ne rivalisent pas non plus avec les trois cent trente-sept emplois directs que la multinationale fait miroiter à la Guyane, où le chômage bat des records. Elle a déjà déboisé une trentaine d’hectares et n’attend plus qu’un feu vert définitif pour entamer le saccage. Et recevoir les opulents cadeaux fiscaux qui iraient avec... Les opposants au projet redoublent d’efforts pour bloquer le projet en harcelant les élus locaux, mais le temps presse et l’espoir est mince. Une pétition circule, lancée par le collectif Quel orpaillage pour la Guyane ?. À défaut de dresser les caïmans noirs à se choisir du cadre de Cambior pour le petit-déjeuner, on a aussi bien fait de la signer.

  3-Film:
 
                   Un film, excellent documentaire  ,qui  donne une idée exacte de ce qui se passe en forêt amazonienne  guyanaise.

                                                                      Pour voir le film en entier (53 minutes)
 
                      
  4- Sites Internet suivants:
 
  Santé :
étude scientifique de l'Invs  sur la santé en pays amérindiens(Institut Nationale
   de  Veille Sanitaire).
              Photos sur les Wayanas: ;;;;                                Solidarité Guyane                                                                                                                                                   

             problèmes du mercure:
                     Solidarité Guyane

                     le village de Twenké:
                         Solidarité Guyane

                    Photos sur l'orpaillage:
                       Sur un siste officiel
                       Solidarité Guyane
                 Les oubliés de Guyane
                   sous les projecteurs.
                    Solidarité Guyane
   
          La quête illégale de l'or sinistre
             l'Amazonie et ses habitants
                        Notre planete
                         La soif de l'or
                        fait des ravages.
                         Alice-TF1-LCI
Réaction des Indiens Wayana et Teko du    Haut Maroni, en Guyane francaise, à   propos du projet de Parc national.                       Solidarité Guyane
             Guyane or vert ou or Jaune?
                 Cafés Géographiques
      Une vidéo sur l'orpaillage clandestin
         visite de N.Sarkozy  en 2006


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Autres articles sur la Santé et la création du Parc National de Guyane                               
 Sources  des articles suivants:  Action Santé environnement   Action Santé Environnement (qui  a repris des articles dans:  Le Monde, Le Monde Diplomatique, Blada (journal de Kourou), France Guyane, Libération,  Ecologie les Verts, RSF (Reporters sans Frontières,et autres sources).


                    - Le 27 janvier 1997

         Est publié un article au sujet de la "thèse … récemment soutenue par M. Jean Lebel" dont " les professeurs Donna Mergler et Marc Lucotte, (sont) directrice et co-directeur de la recherche" intitulé "La population amazonienne affectée par le mercure, même à de faibles niveaux de concentration", "La population amazonienne affectée par le mercure, même à de faibles niveaux de concentration", article publié au sujet de la thèse  en sciences de l'environnement de M. Jean Lebel dans la revue universitaire canadienne "L'UQAM branché (Université du Quebec)….", numéro 10 du 27 janvier 1997 (étude réalisée sur la rivière Tapajos du Brésil). La région où elle s'écoule subissant à la fois la déforestation à cause des défrichement destinés à livrer les terres à l'agriculture et un orpaillage à la batée :

        " Bien qu'exposés au méthylmercure à des niveaux largement inférieurs à ceux mesurés chez les populations de Minamata et de l'Irak, les habitants de l'Amazonie présentent une altération de certaines de leurs fonctions neurologiques. … . Les troubles rencontrés chez la population ont trait à la coordination, l'élocution, la surdité, la réduction du champ visuel. Selon les chercheurs, ces altérations sont une indication claire d'un déséquilibre du système nerveux, même en l'absence de maladie. De plus, insiste M. Lebel, ce sont des personnes âgées de moins de 35 ans qui sont les plus atteintes. Or, on croit que la présence accrue de mercure dans l'environnement date d'au moins 20 ans et d'au plus 35 ans. Si tel est le cas, les résultats obtenus pourraient être la première illustration, chez l'adulte, des conséquences d'une exposition étendue à l'ensemble d'une vie. Toutefois, il est difficile de dire si ces atteintes résultent uniquement de l'exposition fœtale, ou si elles sont indicatrices de dommages cumulatifs. Enfin, conclut-il, il importe d'approfondir ces découvertes afin de prévenir l'apparition d'atteintes plus graves."

                    - 1997 : 

        publication du livre de Larbi Bouguerra, "La pollution invisible" : "La technique de l'amalgamation consiste à faire passer les boues aurifères sur le mercure qui forme un amalgame, c'est à dire un alliage, avec les particules d'or. Pour récupérer le métal jaune, il faut distiller le mercure … dans des conditions rudimentaires en général dans le cas des pays cités précédemment. Le procédé est fort dangereux car les vapeurs de mercure sont très toxiques. De plus, il est d'un fort mauvais rendement car d'une part, il n'extrait que la moitié à peu près de l'or des boues aurifères, et d'autre part, tout le mercure est, en grande partie, perdu." 

                    - Février 1998 :
         L'article  "Mercury alert in the Amazon" de Valérie Bolliet (Canada) est disponible pour tous les chercheurs ou fonctionnaires ministériels concernés par ce sujet dans lequel nous avons extrait : "Les amazoniens ingèrent du mercure de façon chronique (…) . Mais les quantités restent relativement faibles. Le mercure mesuré dans les cheveux des Amazoniens révèle, en effet que 97 p. cent des individus avaient un taux inférieur à 50 ppm, seuil reconnu par l'Organisation mondiale de la santé (OMS° comme potentiellement dangereux pour la santé. La moyenne se situait aux alentours de 13 ppm.

Malgré ces faibles taux, nous avons mis en évidence des problèmes neuromoteurs et visuels chez la population d'un village de la rivière Tapajos en fonction de leur taux de mercure, …. Leur champ visuel était restreint et leur dextérité manuelle ainsi que leur sensibilité aux contrastes étaient altérées. Par ailleurs, Marucia Amorin, de l'Université fédérale de Para au Brésil, a également mis en évidence une baisse de l'indice mitotique (nombre de cellules se divisant) chez des lymphocytes, soit une baisse de leur capacité de se reproduire. La gravité de ces problèmes était directement liée à la concentration de mercure dans l'organisme et la quantité de poisson consommée.
Cette étude est l'une des premières à démontrer qu'il y a des problèmes de santé chez des individus faiblement contaminés. Selon les chercheurs, il est possible que la durée d'exposition soit un facteur important dans le processus d'intoxication. …
Chez la plupart des Amazoniens étudiés, les problèmes de santé liés au mercure sont légers et ces gens ne sont pas considérés comme malades. Mais les chercheurs s'interrogent : les symptômes observés sont-ils le signe avant-coureur de dommages irréversibles, pouvant causer la maladie ? Nous ne savons rien , souligne Donna Mergler. Mais même si les problèmes ne s'aggravent pas à la longue, ils affectent déjà le bien-être de certaines personnes, ce qui est suffisant en soi pour agir."
                    - 1998 : 
        "Nous sommes à 8 000 kilomètres de l'Hexagone, en Guyane, un département de la République. Pourtant on y passe à tabac, on y torture, on y tue. Régulièrement, depuis dix ans. Comme aux plus belles heures du Far West américain. Car Maripasoula n'est pas une commune comme les autres, elle est au cœur de la plus riche zone aurifère du pays. Et, à son tour, victime de la fièvre de l'or. Les cibles sont toujours les mêmes : des étrangers en situation irrégulière, brésiliens, surinamiens voire guyaniens, qui viennent chercher fortune en vendant leur travail aux chercheurs d'or locaux. Les prétextes, toujours semblables : braquages ou vols sur les sites d'orpaillage. Les forfaits, prémédités à Maripasoula, sont en général commis sur l'autre rive, au Surinam, une zone inhabitée, ce qui explique en partie l'absence d'enquête et l'impunité dont jouissent jusqu'ici les coupables.  
A Maripasoula, les citoyens français majoritaires sont les Alukus, descendants directs des Noirs marrons - ces esclaves africains qui se sont libérés en fuyant l'ex-Guyane néerlandaise au XVIIIe siècle. Dans le reste de la Guyane et au Surinam, on les nomme aussi "Bushinengues". Parmi eux figurent les grands patrons de l'orpaillage. Les vrais responsables, qui, sous le prétexte d'assurer la sécurité sur les sites d'exploitation et d'en chasser les clandestins, ont recruté et équipé des quasi-milices, lesquelles font régner la terreur dans la région.
Que fait l'Etat ? De son mieux, c'est-à-dire, jusqu'à une date récente, pas grand-chose. Faute de moyens adaptés, faute peut-être d'avoir pris la mesure du problème, ses représentants, traumatisés par le syndrome calédonien, sont restés largement impuissants face aux orpailleurs locaux. "Ces gens sont chez eux. On ne veut pas de nouvel Ouvéa en Guyane", lâchait en juin 1998 le sous-préfet de Saint-Laurent-du-Maroni. Peu de temps auparavant, un patron orpailleur avait déclaré, lors d'une réunion à la mairie : "Les impôts me réclament 400 000 francs. Si l'Etat me pousse, je vais devenir méchant. Si 2 000 gendarmes arrivent, ce sera la guerre, alors, discutons..." (Laurent Marot et Frédéric Farine, Le Monde 7/7/2001) 
                - 1998/1999
  L a même équipe scientifique Brésilo-canadienne tournant autour des directeurs de recherche Donna Mergler et Marc Lucotte verra la publication d'un nouvel article : "La source de la contamination : la déforestation", Projet Mercure en Amazonie sur la rivière Tapajos au Brésil, article de L'UQAM(Université de Québec à Montréal) durant l'année universitaire 98/99.dont il résulte :

"Tant qu'il y avait la forêt, donc, le mercure naturel était stable dans les sols. Mais le déboisement, un problème majeur en Amazonie lié aux pratiques agricoles –on rase et on brûle les arbres –entraîne l'érosion et le relargage du mercure. Le métal étant bioaccumulable dans la chaîne alimentaire, il se retrouve dans les poissons, puis chez les humains qui le consomment.

Recherche participative et interdisciplinarité le "Projet mercure" démarré en 1995 conjugue les expertises dans plusieurs disciplines : pédologie, toxicologie, agroforesterie, botanique, chimie, sciences sociales …  En janvier dernier, la première rencontre d'un réseau interdisciplinaire réunissant des chercheurs, médecins et ONG qui travaillent sur la problématique du mercure en Amazonie s'est tenue à Santarem. Une deuxième rencontre prévue en mai prochain réunira des participants du Brésil, de l'Equateur, du Venezuela, du Pérou, du Canada et des Etats-Unis." Et aucun français alors que le problème du mercure en Guyane est déjà bien cerné.

Les résultats des deux études réalisées par l'équipe Brésilo-Canadienne conduiront ensuite Jean Lebel à synthétiser ces données lors de la Conférence "Empoisonnement au mercure en Amazonie : la face cachée"  ( Texte de la Conférence de Jean Lebel, administrateur de programmes principal, CRDI, Initiative de programme pour le développement international.)Cela concerne, rappelons-le, une région exposée essentiellement à la déforestation pour une utilisation agricole des terres, ce qui n'est pas encore le cas en Guyane.

A l'inverse, dans notre département lointain, "… les eaux ont perdu leur couleur d'antan. Il faudrait être bien imprudent pour continuer à consommer des aïmaras sortis de cette eau de couleur devenue ocre … vraisemblablement fortement chargée en mercure comme la plupart des rivières et fleuves de Guyane aujourd'hui. Si l'orpaillage est certes une activité traditionnelle, cet orpaillage là s'effectue à coup de pelleteuses et de bulldozer pour décaper les berges de fleuves et rivières, et n'a plus rien à voir avec l'orpaillage à la bâtée comme le pratiquaient les orpailleurs  traditionnels … .

Pendant les années 1980, le fleuve était un lieu d'orpaillage alluvial, tout à fait officiel, où l'or était récolté à l'aide de barges et de pompes suceuses dans le lit des fleuves et des rivières. … au cours des trois dernières années, s'y est ajouté une nouvelle activité d'orpaillage alluviale des berges des fleuves et des criques proches, fortement polluante, et dans la plus parfaite illégalité cette fois-ci. Difficile de consommer des poissons en aval dans ces conditions. … " ( "Approuague et Orpaillage : personne ne vous croira ! Par le Dr. Pierre-Michel Forget, Maître de conférence du Muséum national d'Histoire naturelle, Courrier des lecteurs de blada.com, décembre 2003.)

                    -Fin 1998: projet de création du parc national de guyane

        "la mission parc recrute au moins une personne par village (Noir marron ou Amérindien) concerné. Le comité de pilotage s’élargit aux associations et aux pouvoirs coutumiers. Aucun des thèmes les plus problématiques n’est esquivé. Point sensible s’il en est, les pratiques traditionnelles – chasse, pêche, agriculture itinérante sur brûlis (l’abattis) – seront maintenues, sans aucune restriction, sauf pour les pratiques commerciales (à l’exception des produits à destination de Maripasoula). « Tout le monde était d’accord, rappelle M. Bassargette : dans deux cents ans, il faut que tout soit encore là. Les hommes, les poissons dans les fleuves, les animaux dans la forêt. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien tuer, mais qu’il faut éviter de briser les équilibres écologiques comme on l’a fait ailleurs. » A la mi- 1998, beaucoup croient l’affaire bouclée.

C’est compter sans la politique, au sens le plus étriqué du mot. Fin 1998, les élections provoquent une recomposition de la majorité au conseil régional. Le président Antoine Karam (Parti socialiste guyanais – PSG) doit désormais y composer avec trois élus du Mouvement pour la décolonisation et l’émancipation sociale (MDES – indépendantiste-Mouvement d'Emancipation Economique et Social). »Nous sommes contre le parc, nous confiera, en décembre 2000. M. Maurice Pindard, secrétaire général du MDES.
Nous voulons contrôler cette zone. Nous ne voulons pas que ce soit un parc national, qu’il dépende de Paris, alors que nous avons une forte volonté de nous approprier notre espace, nos richesses. » Même son de cloche chez M. Christian Ravin, secrétaire général de- l’Union des travailleurs guyanais (UTG – indépendantiste- Union des Travailleurs Guyanais) : « Nous sommes conscients d’un certain nombre de nécessités – protection de la nature, respect des traditions et des modes de vie -, mais on ne peut pas non plus se priver de ressources qui demandent à être exploitées, même si l’exploitation demande de prendre des précautions. »
Alors qu’il a sommé l’Etat, en 1996, de créer le parc rapidement, le président du conseil régional, M. Karam, s’y oppose à présent : « »Il n’est pas question d’entraver le développement économique au profit de quelques intégristes de l’écologie  » Ironie de l’histoire, au sein de cette classe politique créole qui stipendie Paris (souvent à juste titre) pour son jacobinisme, on interprète ce projet comme une mainmise de l’Etat, mais aussi comme une certaine autonomisation du sud du département et de ses populations.
On n’a jamais accepté ici le décret de 1970 établissant une zone à l’accès réglementé, au sud d’une ligne Camopi-Maripasoula, pour protéger le mode de vie des populations amérindiennes. S’ajoute, derrière les prises de position, voire les retournements de veste spectaculaires de certains hommes politiques, le poids grandissant du lobby de l’or.
Car trois des maires des cinq communes concernées (Régina, Camopi, Papaïchton) se sont prononcés officiellement en faveur du parc. Celui de Saül s’est déclaré pour, mais n’a pas encore procédé à la délibération nécessaire pour officialiser. Soumis aux pressions des orpailleurs (il l’admet) et même à des menaces de mort (il n’en parle pas), le maire de Maripasoula, M. Robert Bala, se dit « ni pour ni contre » et demande prudemment un supplément d’information. Le Gran Man Amaypoti, chef coutumier de l’ethnie amérindienne des Wayanas, se déclare favorable au projet. A Cayenne, on s’insurge : « Il a reçu des cadeaux ! » Il est vrai que la mission parc a commencé à réaliser des opérations de développement – installation de l’eau potable, par exemple. M. Bassargette, passablement désabusé : « installer des robinets d’eau potable dans des villages qui en étaient démunis, ce n’est pas acheter la population, c’est répondre à un besoin. »
            Et puis, ajoute (entre autres) M. Pindard, du MDES, le Gran Man boni (Grand chef coutumier de Maripasoula) est contre le parc. » Et pour cause : le Gran Man en question, M. Joachim Adosini, est lui-même orpailleur ! L’autre Gran Man boni de Papaïchton, Doudou Paul, a d’abord soutenu le parc, l’a écrit, puis a envoyé un courrier pour se rétracter. « Ce n’est pas lui qui l’a rédigé, ce sont des gens du conseil régional qui sont montés lui mettre le papier dans la main en lui disant : signez là », s’esclaffe un habitant qui a suivi de près l’opération. Un grand mythe a repris force : l’or de la Guyane. Une vision politique à très courte vue : l’or aux Guyanais. Et, derrière des intérêts bien dissimulés, une dangereuse utopie." (Maurice Lemoine, Le Monde Diplomatique février 2001).
     - 1999, 
                rapport sénatorial (Partie d'un rapport sénatorial de 1999 : http://www.senat.fr/rap/r99-246/r99-2462.html ) : "Plusieurs fragilités de l'état de santé de la population guyanaise ont tout particulièrement préoccupé la délégation. … . Les premières concernent certaines pathologies auxquelles la population guyanaise est directement et traditionnellement exposée. La délégation a toutefois observé que ces pathologies se révèlent persistantes, voire en augmentation.
La délégation s'est tout d'abord inquiétée de la persistance de la mortalité périnatale et infantile.
Taux de mortalité infantile et périnatale
 
Guyane
Métropole
 
1985
1995
1985
1995
Mortalité infantile
(pour 1000 naissances vivantes Source INSEE)
 
21,4
 
17,8
 
8,3
 
5,0
Mortalité périnatale
(Nombre de morts-nés et de décès de moins de 7 jours pour 1000 naissances totales
 
31,0
 
28,3
 
10,7
 
7,6
"Les taux de mortalité infantile et périnatale mettent en évidence deux problèmes :
- ils sont plus de trois fois plus élevés qu'en métropole ;
- ils ne diminuent plus que très faiblement. Le taux de mortalité périnatale n'a ainsi diminué que de 10% entre 1985 et 1995. Il est aujourd'hui de 26 ou 27°/00, selon les estimations de la DDASS.
La traumatologie est également préoccupante. La sur-représentation des lésions traumatiques en Guyane s'explique par :
-la violence, le taux d'homicide étant par exemple quatre fois plus élevé en Guyane qu'en métropole en 1995 ;
-l'importance des accidents de la circulation en dépit de la très faible densité du réseau routier;
-le nombre élevé de suicides et de tentatives de suicides.
L'existence endémique de maladie infectieuses …" paludisme, lèpre, dengue.
"L'importance de l'alcoolisme est tout aussi préoccupante …."
"A ces pathologies traditionnelles, mais hélas persistantes, s'ajoute l'apparition de nouveaux problèmes sanitaires. "
Sida : "en 1997, le taux de victimes du SIDA par million d'habitants atteignait 4390 contre 782 en moyenne nationale."
-Toxicomanie : l'ORS en 1998 "chiffre à 20% la proportion de jeunes consommateurs de drogue" qui "prend principalement la forme de consommation de "crack", drogue spécialement nocive à effet de dépendance quasi-immédiate".  
La qualité de l'eau : "… la pollution des fleuves Maroni et Oyapock rend l'eau impropre à la consommation dans les communes de l'intérieur. La direction de l'action sanitaire et sociale (DDASS) considère que "la qualité de l'eau distribuée en Guyane ne s'est pas améliorée et s'est même détériorée depuis quatre ans. Au total, 20% de la population ne serait pas desservie par une eau de bonne qualité.
D'autre part, la pollution des fleuves se traduit par la présence de mercure dans la chaîne alimentaire. Les activités d'orpaillage sont en effet responsables de rejets importants de mercure dans les fleuves, notamment dans le Maroni. Ces rejets provoquent une contamination des poissons qui constituent une des bases de l'alimentation des poissons qui constituent une des bases de l'alimentation des populations amérindiennes. Ces populations sont alors exposées à de graves risques neurotoxiques. Deux études réalisées par l'Institut de Veille Sanitaire et par l'INSERM en avril et juin 1999 ont montré que la norme maximale de 10 g/g de mercure (erreur dans l'écriture de l'unité) dans les cheveux, tolérée par l'organisation mondiale de la santé (OMS), était dépassée pour la moitié de la population amérindienne étudiée."

Ensuite, le rapport du Sénat pointe "L'existence de facteurs aggravants" d'un tel déplorable constat : "la montée de la précarité" et la "géographie humaine (qui) constitue un obstacle à l'amélioration de l'accès aux soins."

- Le Syndicat des Médecins de la Guyane réalisera un tableau sanitaire encore plus sombre en 2003 pour les seul paramètres abordés  "La démographie médicale libérale en Guyane" (Mai 2003), Syndicat des Médecins de Guyane:
"L'Etat des lieux retracé dans le document préparatoire de la DSDS: Direction de la Santé et du Développement Social (janvier 2003) révèle un bilan particulièrement calamiteux de la santé en Guyane :
-   Les indicateurs sanitaires classiques montrent de façon constante une situation sanitaire dégradée par rapport à la moyenne nationale
La démographie, la précarité et l'accès aux soins sont des déterminants majeurs de l'état de santé des guyanais
-   L'espérance de vie est en moyenne 4 ans inférieure à la moyenne nationale.
Le conseil national du sida (mars 2003) décrit une situation dramatique et des inadaptations cruelles du système :
Le taux d'incidence cumulée dépasse 499 pour 100 000 en Guyane à comparer au 137 pour 100 000 de la Martinique
18 fois plus de cas dans l'Hexagone."

Et de déplorer la désaffection des personnels de santé à l'égard de la Guyane.

                - Durant les années 90, 

        Deux études réalisées par Sylvaine Cordier et Nadine Fréry (INSERM: institut National de la Recherche Médicale-INVS :Institut National de Veille Sanitaire) au sujet de la population amérindiennes (dans l'émission "Fréquence Terre" sur RFI à la mi 2000) résumée par cette dernière sont éclairantes sur la situation en Guyane puisqu'elles "ont montré clairement une exposition au mercure excessive de cette population en relation avec une forte consommation de poissons contaminés et quelques effets sanitaires liés à cette exposition au mercure. En effet, on a observé que plus de la moitié de la population, soit environ 60% présentaient des valeurs d'exposition au delà des recommandations faites par l'organisation mondiale de la santé et des apports de mercure trop importants. Cette exposition est reliée à des effets sanitaires chez des enfants puisqu'on constate des réflexes anormaux lorsque le pied est en extension, une moins bonne coordination des jambes et également une réduction des capacités d'organisation visuospatiale. Ces résultats ont conduit l'Institut de Veille Sanitaire à émettre certaines recommandations.

La première étant de réduire les rejets de mercure dans l'environnement pour diminuer l'exposition de ces populations …." 

Dans leur rapport "Risques neurotoxiques chez l'enfant liés à l'exposition au méthylmercure en Guyane Française", Sylvaine Cordier et Micheline Garel n'avaient pas dit autre chose : "Ces résultats soulignent la nécessité de mettre en place des mesures visant à réduire l'exposition au méthylmercure, en particulier chez les femmes enceintes, dans les communautés amérindiennes de l'intérieur de la Guyane plus particulièrement touchées par ce problème. Outre les mesures tendant à réduire les rejets de mercure dans l'environnement, dont les effets ne seront visibles qu'à long terme, il faut mettre en place rapidement des stratégies permettant de réduire l'apport alimentaire en méthylmercure en proposant des recommandations acceptables par les populations concernées. Les résultats de l'enquête nutritionnelle en cours seront déterminants pour le choix de ces recommandations." 

                     -En 2000
        "Selon les déclarations de la Direction Régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement (DRIRE :
Direction régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement), 2,8 tonnes d’or auraient été extraites en Guyane au cours de l’année 2000. Ces données confirment le recul de la production des PME et, à l’inverse, la poursuite de la progression de la production artisanale déclarée. Une soixantaine d’entreprises artisanales et 26 PME locales sont officiellement recensées."(Ministère de l'outre-mer)
Mais il s'avère qu"en réalité, l'orpaillage occupe entre 3000 et 6000 personnes, sans compter les emplois indirects encore plus difficiles à quantifier.
Selon Mme Taubira-Delannon, la part du travail clandestin dans ce secteur peut être chiffrée à 80%.
Si la production d'or déclarée chaque année place la Guyane au 50ième rang mondial, avec 2,8  tonnes en 1999  –très loin derrière le Brésil (100 tonnes par an) ou le Ghana (50 tonnes)-  les chiffres de la production réelle sont estimés à 7,5 tonnes, pratiquement le triple.
… les orpailleurs utilisent du mercure pour leur production. Rejeté bien souvent dans la nature et les cours d'eau , le métal s'accumule sous-forme de méthyl-mercure, passe dans la chaîne trophique et peut provoquer une imprégnation chronique avec des troubles neurologiques graves. "Les populations amérindiennes présentent un taux (de mercure) supérieur aux normes OMS" explique Mme Taubira-Delannon … "Les populations bushinengue et créoles des communes du Maroni ainsi que la population vivant sur la bande côtière (les trois quarts des habitants, dont ceux de Cayenne et de Kourou) sont également imprégnés au dessus des normes." (1)

Si nous prenons en considération les chiffres officieux d'or produits en Guyane, à savoir 40 tonnes nécessitant le recours à 1,3t de mercure/t produite/an, cela représente 52 tonnes de mercure rejetés en Guyane. A cela, il faut ajouter les quantités conséquentes présentes naturellement dans les terres alluvionnaires remobilisées à cause de l'orpaillage et de la déforestation. Le total des sources anthropiques et naturelles se retrouvant dans les eaux. (1)

Pour 1 kg d'or produit, 1000 tonnes de boue sont également rejetées. S'il y a effectivement 40 tonnes d'or produit tous les ans en Guyane, cela signifie que la quantité annuelle de boue résiduaire représente 40 millions de tonnes. De quoi étouffer la vie des rivières et fleuves de ce département. !

"En plus de la pollution des fleuves au mercure, le réseau hydrographique est aussi menacé par les rejets des eaux de lavage des minerais. Ces eaux saturées de sédiments en suspension sont déversées, après leur passage sur la "moquette", dans le fleuve ou la crique, et ont une influence directe sur la turbidité de l'eau. La lumière n'arrive plus à transpercer les eaux car elle est freinée dans sa progression en profondeur ; les végétaux aquatiques n'ont plus assez de lumière pour assurer leur photosynthèse, et certaines espèces de poissons exigeant une eau claire et limpide disparaissent car leur niche écologique est modifiée. … L'orpaillage comme il est pratiqué actuellement, est une catastrophe écologique permanente. …." 

                      -Juillet 2000 

-Discours de Brigitte Wyngaarde de la FOAG( fédération des organisasions amérindiennes de Guyane)  : "Nos frères Wayanas, qui semblaient bénéficier d'une certaine protection liée à leur éloignement au fond des terres sont également menacés par la poussée des nouveaux conquérants, qui affluent de plus en plus nombreux à l'intérieur de leur espace de vie. L'orpaillage est un désastre pour la santé de leurs enfants, qui s'empoisonnent lentement au mercure. Il introduit un climat malsain où les relations sociales s'établissent par la force, par la menace et par l'argent. Il ne promet aucune richesse réelle, aucun développement durable. Ces pionniers ont obtenu la caution d'une grande partie de la classe politique locale qui prétend reprendre à son compte le butin colonial, et qui au faux prétexte d'aménagement du territoire, nourrit l'ambition d'intégrer le sud de la Guyane, de force, à un modèle "guyanais" dont on veut cacher les trop nombreuses défaillances."

                     -Décembre 2000 :

- Publication dans la revue "Modulad" de l'étude réalisée par Marie Chavent, Chantal Laclombez, Alain Boudou et Régine Maury-Brachet intitulée "Contamination par le mercure et classification d'espèces en écotoxicologie : approche classique, approche symbolique" : "L'objectif de cette étude est d'acquérir une meilleure connaissance de la contamination par le mercure des communautés de poissons du Haut-Maroni en Guyane Française, afin de prévenir les risques liés à la consommation de certaines espèces. … ."

"Des études réalisées sur l'ensemble du territoire de la Guyane Française ont mis en évidence des imprégnations par le mercure supérieures à la norme OMS dans les cheveux des populations amérindiennes vivant dans la zone du Haut-Maroni. Cette contamination a été attribuée à la forte consommation par ces populations de poissons des rivières, ces derniers étant considérés comme les vecteurs privilégiés du métal (Cordier et al., 1988), (Boudou et Ribeyre, 1998), (Boudou et al., 1999). Afin d'acquérir une meilleure connaissance de la contamination des poissons par le mercure, 265 poissons appartenant à 36 espèces différentes ont été péchés en 1997 par les chercheurs du LEESA, en collaboration avec l'ORSTOM(Maitnenant IRD Institut de Recherche et de Développement )de Cayenne." Gageons que ces poissons devaient être passablement avariés lorsqu'ils sont passés sous le microscope de nos valeureux savants bordelais !

                    -15 Janvier 2001,

Plainte de la Fédération des Organisations Amérindiennes de Guyane : http://perso.wanadoo.fr/solidariteguyane/Lettre1.htm

Fédération des Organisations Amérindiennes de Guyane
Federación de las Organizaciones Amerindias de Guyana / Federation of Amerindian's Organizations of Guyana
Awala - Yalimapo le, 15 janvier 2001
 
LE COORDONNATEUR GENERAL
Monsieur le Doyen des Juges
D'Instruction près le Tribunal de Grande Instance de Cayenne
9 Avenue du Général de Gaulle
97300 CAYENNE
Depuis plusieurs années la Fédération des Organisations Amérindiennes de Guyane (F.O.A.G.) dénonce la pollution au mercure de l'environnement vital des populations du Haut Maroni et l'imprégnation mercurielle d'une grande partie des amérindiens Wayana et Emérillon, laquelle a été reconnue et quantifiée dans deux rapport de l'INSERM annexés à la plainte collective des populations Wayanas et Émérillons des Villages Amérindiens du Haut-Maroni et du Tampoc.
Cet empoisonnement résulte de l'intoxication de leur chaîne alimentaire et du biotope local essentiellement par le mercure déversé dans le fleuve.
Des manifestations cliniques imputables à cet empoisonnement ont été identifiées et rapportées dans les conclusions des rapports ci-dessus référencés, mettant en évidence le rôle toxique du méthylmercure sur les fonctions neurologiques et intellectuelles : présence de réflexes ostéotendineux accrus, moins bonne coordination des jambes, réduction des capacités d'organisation visuospatiale.
Ces rapports ne font pas état des incidences de cet empoisonnement sur le système immunitaire et sur le plan génétique, lesquelles ont été constatées auprès de cas similaires en d'autres lieux (Japon (Minamata) et Canada (Inuits) par exemple)
Comparatif des mesures moyennes du mercure capillaire (retenues pour estimer l'exposition au méthylmercure) :
· Moyenne mondiale : environ 2 µg/g
· France métropolitaine : 1,7 µg/g
· communauté amérindienne wayana : 11,7 µg/g pour les adultes et 14 µg/g pour les enfants
· limite maximum définie par l'OMS : 10 µg/g
Analyse des mesures effectuées en Guyane en des lieux différents :
· Awala, village du littoral près de l'embouchure du Maroni : 1,4 µg/g (Il est peu exposé à la pollution par le mercure car celle-ci est diluée par le Maroni.
· Camopi, village situé sur les rives de l'Oyapock : 6,5 µg/g (Les lieux de pêche de ce village traversent des zones orpaillées autrefois de manière intensive (1986 - 87. L'écart avec le niveau d'Awala pourrait donc être imputable à cette exposition due aux rejets de mercure du passé.
· Elahé et Kayodé, villages situés dans le Haut Maroni sur les rives du Tampoc : 11,7 µg/g (adultes) et 14 µg/g (enfants) (Le regain de l'activité aurifère en amont de ces villages remonte à 1995. Il y eut d'abord des barges clandestines venues du Surinam puis à partir de 1996 des chantiers à terre (avec motopompes et lances monitor) déversant leurs eaux boueuses dans le Tampoc et son affluent la Waki. L'écart avec le niveau de Camopi est donc directement lié à ce regain d'activité.
Il faut en conclure que les activités d'orpaillage et autres activités polluantes ont causé en l'espace de 18 mois une intoxication aiguë du milieu aquatique ayant des conséquences sanitaires sur les populations Wayana et Emérillon.
Ces faits, outre qu'ils portent atteinte à la Dignité et aux Droits Fondamentaux des Populations Amérindiennes, constituent diverses infractions qui causent très gravement préjudice aux populations Wayanas et Émérillons des Villages Amérindiens du Haut-Maroni et du Tampoc.
C'est pourquoi, la Fédération des Organisations Amérindiennes de Guyane (F. O. A. G.), suivant la délibération du Conseil de Décision du dont copie ci-jointe, dépose, aux côtés des Parties Plaignantes précitées, plainte contre X pour infraction aux articles 221-5, 221-6, 222-15, 223-1 et 223-6 du Code pénal et tous autres crimes et délits qui pourraient apparaître en cours d'instruction.
La Fédération des Organisations Amérindiennes de Guyane (F. O. A.G.) se constitue d'ores et déjà aux côtés des Populations Wayanas et Émérillons des Villages Amérindiens du Haut-Maroni et du Tampac partie civile et offre de consigner telle somme qu'il vous plaira de fixer.
Nous vous précisons que nous désignons Maître Patrick LINGIBÉ, Avocat au Barreau de la Guyane, pour nous assister et nous représenter dans le cadre de cette affaire et le cas échéant vous présenter pour notre compte toute requête ou mémoire complémentaire et explicatif qui s'avérerait utile pour l'instruction de la présente plainte collective.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Doyen des juges d'instruction, en nos très respectueux sentiments.
COORDONNATEUR DELEGUE COORDONNATEUR DELEGUE COORDONNATEUR GENERAL

  Le magistrat chargé de cette plainte depuis 3 ans maintenant était, sauf erreur de notre part, attaché au Tribunal de Charleville –Mézières dans le département des Ardennes. Cette personne avait, nous semble-t-il, obtenu la théorique mais courageuse fermeture de l'usine Métal Blanc de Bourg-Fidèle dans les Ardennes ("recyclage" de batteries qui avait provoqué le saturnisme de 20% des enfants de ce village et la mort de plusieurs dizaines d'ovins et bovins). En réalité, cette usine n'a jamais cessé son activité particulièrement néfaste qui perdure encore aujourd'hui. Cela alors que les dernières plombémies réalisées sur ces enfants révèlent qu'ils sont encore 10% à être affectés par le saturnisme. Si nous avons bon souvenir encore, un mois environ après que cette décision de justice a été prise, sans qu'elle soit réellement appliquée, c'est que Madame le magistrat chargé de ce dossier a été mutée en Guyane.

                   -Avril 2001:

          -Parlant des populations amérindiennes de Guyane, l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) écrivait dans sa publication d'avril 2001 qu"Au total, l'exposition au mercure vient s'ajouter aux nombreuses vulnérabilités d'une population à la fois victime et condamnée. …"

Au sujet des études réalisées par l'INVS et l'INSERM, nous lisons : "Les résultats font apparaître clairement un risque réel et sérieux d'intoxication au mercure par les populations amérindiennes. Plus ces populations vivent à proximité et en aval des sites d'orpaillage, et plus ce risque est important.
Au total, la population consommerait de 40 à 60 µg de mercure total par jour, soit près de dix fois plus que l'apport quotidien courant chez l'homme. Toutes les personnes de plus de 7 ans sont très proches ou dépassent la valeur limite hebdomadaire recommandée de 200 µg organique. Si l'on rapporte la contamination du poids corporel, tous les individus dépassent la valeur limite de 3,3 µg/kg.
S'il n'y a pas, sauf exception, de dépassement massif des seuils recommandés, ce constat ne saurait être apaisant. Il convient de s'interroger sur la valeur des normes. D'une part, faut-il distinguer les seuils tolérables pour les poissons herbivores et les poissons carnivores ? D'autre part, ces seuils, calculés pour une population moyenne, sont vraisemblablement peu adaptés à des populations pour lesquelles le poisson est à la base de l'alimentation, avec une absorption quasi quotidienne qui peut aller jusqu'à 600 grammes par jour.
Compte tenu de spécificités de l'exposition et de l'alimentation de chacune des populations, les valeurs limites recommandées ne sont pas adaptées et doivent être revues à la baisse. Les dépassements n'en sont que plus importants."…
"Concernant les populations amérindiennes, les effets de l'intoxication mercurielle se combinent avec d'autres pathologies que connaissent ces populations, particulièrement vulnérables : 4500 personnes tout à la fois victimes et condamnées par les différentes formes d'exploitation des forêts.
La France ne peut pas abandonner une partie de ses citoyens sous prétexte qu'ils seraient condamnés par l'histoire et la civilisation moderne. Si le mode de vie des Amérindiens est évidemment fort éloigné de celui du parisien ou du lotois, un décalage similaire existe avec les populations des pays les moins avancés. Tout est question de degré. Mais tout est aussi et avant tout une question de principe. Car à suivre cette logique qui établit une sorte de hiérarchie entre les hommes comme on établirait une hiérarchie entre les espèces, nous oublions ce qui fait l'homme. Pourquoi s'arrêter aux amérindiens ? Pourquoi pas demain, renoncer à se battre pour les agriculteurs de montagne puisqu'ils sont eux aussi fragilisés par les exigences de la vie moderne ? Nous sommes tous des amérindiens en puissance. … .
Les métaux lourds ont fait, d'une certaine façon, la civilisation. Trop utilisés, ils peuvent aussi défaire l'humanité." (2)

                     - Avril 2001 :

    -Selon le rapport de l'OPECST rendu public e: - L'inhalation de vapeurs est directement liée à l'orpaillage.

        -L'utilisation du mercure, et plus encore, le chauffage de l'amalgame libère des vapeurs de mercure. Le premier public contaminé est donc l'orpailleur, ainsi que sa famille. Cette étape est en effet très spectaculaire et très attendue, et il arrive fréquemment que l'entourage familial y assiste, dans des lieux fermés. Les vapeurs de mercure sont à la fois directement inhalées et imprègnent les cheveux, les vêtements, le logement... Il existe bien des équipements pour récupérer les vapeurs de mercure, mais l'activité d'orpaillage est un secteur très hétérogène, où les pratiques semi-industrialisées côtoient les pratiques artisanales plus ou moins clandestines, souvent parfaitement connues, et même parfaitement localisées, mais en réalité plus ou moins institutionnalisées, les orpailleurs guyanais utilisant -exploitant ?- la main d'œuvre clandestine brésilienne ou surinamienne. Il va sans dire que, dans ces conditions, les techniques de protection et de récupération des vapeurs ne sont pas utilisées.

Le mercure inhalé est un mercure minéral ou inorganique. Le mercure inhalé est absorbé par les voies respiratoires à plus de 80 %, le reste est soit exhalé, soit absorbé par les voies intestinales. Le mercure absorbé est oxydé par des catalases et se transforme en mercure ionisé. Le mercure ionisé est principalement distribué dans le rein, et, dans une moindre mesure, dans le cerveau.

Sauf cas d'inhalation aiguë, se traduisant par une irritation intense suivie de troubles hémorragiques des voies respiratoires, l'intoxication de vapeurs de mercure, consécutive au chauffage du mercure métallique, se traduit par une intoxication chronique. Les troubles cliniques sont cependant peu spécifiques : irritabilité, troubles du sommeil, troubles rénaux, détérioration intellectuelle...

                        - en 2001

 La première expertise collégiale de l'IRD(Institut pour la Recherche et le Développement), prônait que "les incidences sur la santé humaine sont à considérer en priorité."

        -Le collège d’experts préconisait la mise en place d’un observatoire de surveillance avec un suivi permanent des milieux et des populations, de faciliter l’accès des populations à risque aux dispositifs de santé, d'améliorer la gestion de ces dispositifs et renforcer les suivis sanitaires :

"pour faire face à cette situation, il faut multiplier les petites unités d’accueil et renforcer le suivi sanitaire. Le personnel médical doit être, au préalable, initié à la mise en pratique des tests de détection des symptômes précoces de l'intoxication des enfants et des adultes au mercure. Un effort tout particulier doit être fait en ce sens pour évaluer avec exactitude l’impact de cette intoxication chez des individus qui sont, par ailleurs, très souvent affectés par tout un cortège de maladies endémiques. Un réseau de surveillance doit être mis en place auprès des populations à risque (fortes consommatrices de poissons contaminés) pour contrôler l’efficacité des mesures prises". Recommandations de la première expertise collégiale de l'IRD, en 2001(cf. "Le mercure en Amazonie. Rôle de l'homme et de l'environnement, risques sanitaire"   2001)

Il était alors considéré comme indispensable de pouvoir diagnostiquer dans les meilleures conditions qui soient les effets précoces des deux formes d’intoxication (au mercure métallique et au méthylmercure) ainsi que les effets des pathologies endémiques dont sont fréquemment porteuses ces populations : paludisme, maladies sexuellement transmissibles etc. (cf. les recommandations du rapport Taubira Delannon).

Or, dans le contexte d’insécurité de ce département français, la plupart de ces projets velléitaires, sont soit ralentis lorsqu'ils ont été initialisés, soit purement et simplement abandonnés, alors que votre ministère y est directement impliqué. Comme on l'a vu, les dispensaires ne fonctionnent pas comme ils le devraient, certaines communes ont toujours des problèmes d'approvisionnement en eau potable etc.

La solution "miracle" proposée était, pour réduire l’exposition au méthylmercure, "d’encourager les populations à risque à privilégier la consommation de poissons herbivores au détriment des poissons carnivores (les seconds étant dix fois plus contaminés que les premiers, voire selon un facteur beaucoup plus élevé dans certains cas). A première vue, il s’agit d’une solution "providentielle" pour un décideur, dans la mesure où les investissements se limiteraient à des campagnes d’information et à un contrôle de l'application de ces recommandations sur le terrain. En réalité, cette proposition est très difficile à mettre en œuvre, du moins à court terme, pour de multiples raisons. Tout changement de régime alimentaire constitue une rupture culturelle qui ne peut être décidée que par les populations concernées. L’accès à des protéines de substitution doit passer par une révision de la politique de la chasse, qui s’achemine actuellement vers la protection d’un grand nombre d’espèces (projets de réglementation et de conservation).(...) D’une façon générale, cette information doit être transmise avec la plus grande prudence et de préférence par des agents sociaux en contact régulier avec les communautés concernées." (La Recherche déc. 2002 n°359 : "Cet or qui file un mauvais mercure")

Nous étions donc en présence d'une politique du "faire avec", de l'intention de "s’adapter" à la pollution au mercure : "Réduire l’exposition au méthylmercure en adaptant les habitudes alimentaires". Cette vaine solution aurait supposé malgré tout la mobilisation de moyens d’information qui n’existent que dans les rapports officiels !

Quand on leur en parle, les Indiens répondent légitimement que les poissons à éviter sont les meilleurs et que l'on devrait d'abord interdire l'orpaillage !

De plus, le fait de boire l'eau des rivières et fleuves, de s'y baigner et de s'y laver fréquemment, de manger ces poissons gras dont on voudrait les priver est intimement lié à leur culture. Les en dissuader équivaut à persister à les acculturer. Cette volonté est déjà inscrite par ailleurs dans l'ensemble des interventions intempestives de la "civilisation", comme on peut le lire dans l'article de "ça m'intéresse" de septembre 2002.

Alors qu'il est avéré désormais que ces populations autochtones ont été abandonnées depuis à leur triste sort, il apparaît que la pollution mercurielle gagne la quasi totalité de la Guyane. C'est désormais l'ensemble des habitants de ce département qui risque bien d'avoir à souffrir de ce redoutable toxique qu'est le mercure.

                     -2001 Etat des lieux  des observations réalisées en Guyane dans le cadre des Rapports locaux des sites TREND(?),Direction de la Santé et du Développement Social en :  

"Communautés culturelles et usages de psychotropes ….

Alcool chez les Amérindiens, avec phénomène de déstructuration familiale/émergence de la consommation de stupéfiants chez les jeunes. …

La population amérindienne

Les Galibis sont majoritaires et se répartissent sur les communes d'Awala yalimapo, Mana et dans divers villages à proximité de Saint-Laurent-du-Maroni. Ils sont suivis par les Arawaks, essentiellement centralisés sur le village de Balaté.

De manière culturelle, la boisson alcoolisée consommée par les amérindiens est le Kachiri. Ce breuvage, extrait du tubercule de manioc traité et fermenté, est présent dans toutes les fêtes traditionnelles, familiales ou les cérémonies mortuaires. Sa teneur en alcool est faible, comparée à celle de la bière ou du rhum (également appelé tafia).

Ces boissons alcoolisées vendues dans le commerce ont, depuis quelques années, détrôné la consommation traditionnelle. La fabrication du Kachiri requiert de nombreux gestes, des efforts et, par conséquent, du temps.

L'alcool (principalement le rhum et la bière) a pris une place importante dans les modes de consommation et de vie des populations amérindiennes. Pour ces populations, le terme "être saoul" définit uniquement la personne qui n'est plus en mesure de se lever.

Il y a de fortes répercussions au niveau social et familial. La consommation abusive d'alcool chez les hommes entraîne des comportements déviants tels que la violence conjugale et/ou l'inceste.

Au fur et à mesure, le chef de famille perd sa dignité vis à vis de ses enfants et de son environnement proche. Les incidences, en terme éducatif, sont directes sur sa descendance et favorisent une conduite déviante chez l'enfant.

La consommation d'alcool a également des répercussions au niveau professionnel. Elle entraîne une incapacité à assumer, à garder, voire à chercher un emploi. Ce qui conduit les personnes à la marginalisation ou à l'inadaptation.

Selon divers témoignages, il arrive que la totalité des revenus du ménage soit utilisée pour acheter de l'alcool. Au cours des deux ou trois jours qui suivent la perception du revenu minimum d'insertion ou des allocations familiales, certaines femmes déclarent ne pas voir leur mari. Ces dernier réapparaissent une fois le pécule épuisé.

Parmi les produits en lien avec les coutumes, nous trouvons un cigare confectionné à partir de l'écorce d'un arbre appelé oulémani. Il est fumé lors des fêtes traditionnelles et culturelles, principalement par les chamans, les chefs coutumiers et les chanteurs.

Le oulémani permet aux chamans de rentrer en contact avec les esprits. Il a des visées médicinales mais n'a pas d'effets hallucinatoires."

On nous a par ailleurs rapporté par deux sources concordantes qu'un certain candidat aux élections législatives, qui se dérouleront en 2002, a fait une campagne en Guyane, à l'égard de ses électeurs amérindiens potentiels, à renfort de distribution de bière et de rhum dont il remplissait son hélicoptère au cours de ses déplacements. Il est a remarquer également la distribution de T-shirts sérigraphiés appelant à voter à son nom. Si ces propos devaient être avérés en plus du contexte dans ce département, cela signifierait que le comportement de certains membres éminents de cette classe politique guyanaise ont assimilé les penchants génocidaires manifestés aux Etats-Unis vis-à-vis des indiens d'Amérique du Nord au 19ème siècle.

En Guyane comme en Nouvelle-Calédonie au sujet des Canaques, les aborigènes d'Australie et aussi les Indiens d'Amérique du Nord, l'alcoolisme est le seul exutoire autodestructeur pour les peuples autochtones acculturés, laminés, intoxiqués et exterminés. A l'état résiduaire, ces peuples qui ont vécu en symbiose avec leur environnement durant des dizaines de siècles, voient s'ouvrir devant eux, par les sociétés destructrices dites développées et civilisées, les portes de parcs et réserves d'où on les tirera revêtus de leurs déguisements folkloriques sauvages, pour les exhiber au voyeurisme de touristes friands d'exotisme.


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