


| 1- Origine historique et localisation actuelle: |
Les Wayanas
issus de l'ancien peuple Caraïbe ( région du
vénézuela), seraient venus vers le VIII e
siécle
de notre ére. Ils vivent à
proximité des fleuves, essentiellement au Sud de la Guyane
sur le Haut-Maroni (voir la carte ci-dessus) , une partie de
l'ethnie habite au Surinam ( Dans ce pays ils
sont la proie
de
missionnaires protestants américains proches de
sectes
connues et qui utilisent des méthodes plus que
douteuses) , ainsi qu'au Brésil (
où ils sont parqués dans des réserves)
. Avant, les
villages se déplaçaient tous les 7ans,
actuellement
cette population d'environ 1500 personnes , est
sédentarisée et vit dans des carbets.
| 2- Orpaillage et empoisonnement de la population par le mercure:(lien:la santé) |
Les Wayanas vivent de la pêche, de la chasse et de la cueillette mais il faut chasser de plus en plus loin des villages pour trouver du gibier qui est de plus en plus tué par les orpailleurs clandestins, quant au poisson il est pollué par le mercuredes chercheurs d'or clandestins. Les rivières sont boueuses et polluées, leur eau est consommée par la population. L'orpaillage amène de nouvelles populations à entrer en contact avec les Wayanas, qui n'ont pas souvent l'immunité protectrice contre des microbes ou parasites nouveaux pour eux (la coqueluche tue encore des enfants non vaccinés), d'autant plus que le mercure diminue l'immunité naturelle. L'utlisation du mercure est interdite depuis 2006 mais les orpailleurs clandestins ne respectent pas cette interdiction . L'imprégnation mercurielle est scientifiquement prouvée depuis plus de 20 ans.Cette situation catastrophique est dénoncée par différents organismes comme l'INSERM , L'InVS (institut national de veille sanitaire). Cette pollution par le mercure a des conséquences graves pour la la santé : neurologiques, intellectuelles, défaut de coordination des membres, problèmes visuels, malformations congénitales. En 2004, dans certains villages le taux de mercure était de 27,2 µg (Norme OMS 10, µg ) .
| 3- Le désespoir et le suicide: |
Leur désespérance est entretenue ou accrue par l'alcool , la violence, les menaces, les vols, viols et pillages qui accompagnent ou suivent souvent l'arrivée des chercheurs d'or. Cette arrivée massive d'orpailleurs ainsi que le mercure qui empoisonne les fleuves et l'environnent sont en grande partie les causes de nombreux suicides qui se multiplient chez les jeunes. Cette arrivée est, en plus du mercure qui pollue les fleuves et l'environnement, sans doute une des causes des épidémies de suicides qui se développent chez les jeunes wayanas depuis la fin des années 1990. Avant ces années il n'y avait jamais eu de suicide en pays amérindien.
| 4- La protection de l'état français: |
Pourtant ce territoire français ( La Guyane est un département français, ou la loi qui devrait être la même qu' à Paris, est théoriquement protégé ,depuis 1970 il est accessible uniquement sur autorisation préfectorale(cette interdiction pourrait être levée avec la création du parc national de Guyane ce qui mécontente profondément les Wayanas) . Les gendarmes sont très peu nombreux et manquent de moyens face à l'ampleur du problème (n'oublions pas qu'il ya des milliers de km ² de forêt équatoriale dense- la superficie de la Belgique ou de la Suisse!!- et que les fleuves et rivières sont très nombreux). Le fleuve Maroni n'est pas une frontière comme le sont les fleuves en Europe, ce serait plutôt " une autoroute " favorisant la pénétration de la forêt, il facilite le passage illégal des clandestins brésiliens et surinamais. De nombreux villages clandestins existent protégés par l'épaisseur de la fôret( ce qui peut paraître invraisemblable en métropole), ils ne sont même pas visibles depuis un hélicoptère. L'opération" Anaconda " ( Ce sont des opérations de gendarmerie menées contre les sites d'orpaillage clandestins depuis 2002,elles consistent à repérer les sites clandestins d'orpaillage et à intervenir immédiatement pour détruire des pompes ,des moteurs ou des groupes électrogénes sans lesquels l'extraction de l'or est impossible. En 2005 300 motos-pompes, 80 groupes électrogène, 130 pirogues, 30 véhicules ( transportés démontés en pirogue ou à dos d'hommes) ont été détruits, le tout pour une valeur estimée à 20 millions d'Euro. Le but est de décourager les clandestins. Il y a 3 ans on a découvert de très gros villages clandestins ( au sud de la Guyane , vers Camopi, à la proximité du Brésil )avec 300 carbets, 1500 personnes, épiceries,bars, église, paraboles de télévision, discothèque, prostituées en grand nombre, médicaments, mulets. Les orpailleurs ont tourné la difficulté en créant de petits villages dispersés sous la forêt équatoriale et difficilement repérables depuis un hélicoptère. Le ravitaillement se fait de plusieurs façons: pirogues, mais aussi par hélicoptéres de sociétés privées transportant même des fûts de gasole!.)Les sites clandestins visibles sont détruits, mais dés les opérations terminées , les clandestins, qui se sont enfouis dans la forêt en entendant l'arrivée des hélicoptères , ont des guetteurs qui les préviennent par radio BLU (ce qui explique que peu de clandestins soient arrêtés).Ils reviennent immédiatement et recontruisent leurs villages. Le manque à gagner pour la France est très important car la plus grande partie de l'or est passée clandestinement au Brésil ( Oyapoque en face de Saint Georges de l'Oyapoque )ou au Surinam.
| 5 - La tension entre Wayanas et Alukus,entre Wayanas et orpailleurs |

| 6- La création du parc national de guyane de Guyane: |


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7- Compléments d'information |
| 1-Article sur la Santé |
| Quatre
espèces de
poissons carnivores, dont l'aïmara (photo), sont responsables
de 70% de la contamination au mercure. L'aïmara est l'un des
poissons les plus faciles à pêcher. (Photo : Jody Amiet) |
« Les bébés malformés ou prématurés étaient tués par la famille. Il fallait que la race soit correcte, on ne voulait pas d’handicapés chez les Wayanas. Ca s’est pratiqué jusqu’à l’arrivée des Blancs (assimilée à la mise en place des communes du Maroni en 1970). Ca se fait moins depuis que les femmes enceintes sont déclarées. Mais ça se fait encore en cachette. C’est triste de laisser grandir un enfant handicapé » : Aïkuwalé Alémin en parle spontanément. Cet Amérindien est agent de santé à Antécume Pata, village de 250 âmes, à 3 heures de pirogue en amont de Maripasoula, commune elle-même enclavée sur le haut Maroni, face à la forêt du Surinam. Akama Opoya, autre Wayana, médiateur culturel à Kayodé, confirme : « Chez nous, les bébés malformés ont été tués par les parents jusqu’en 1996 environ. Le problème se pose toujours pour la fille enceinte sans mari. La famille élimine le bébé ».
Révélant un autre monde au sein de la République, ces témoignages battent en brèche une récente enquête sur les malformations congénitales menée dans ces villages isolés. « Personne ne nous a fait état de telles pratiques », se défend Thierry Cardoso, médecin épidémiologiste qui a réalisé (à partir de 246 naissances officielles entre juin 93 et juin 2005) l’enquête ayant conclu à un nombre « non excessif » de malformations. « Ils sont passés à côté des infanticides. Les grossesses ne sont pas toutes déclarées, et un mort à la naissance ne fait pas l’objet de vérification », confient deux médecins longtemps en poste à Maripasoula. « Les Amérindiens éliminaient aussi un jumeau sur deux par le passé », poursuit l’un d’eux. « Des Bonis (descendants de noirs marrons) de Maripasoula en ont recueilli. Une Amérindienne sauvée y vit toujours. Sa sœur jumelle, restée en pays indien y est décédée en 1998, victime de la dernière fièvre jaune diagnostiquée en Guyane ».
A la Direction de la Santé et du développement Social (DSDS) à Cayenne, on renvoie la balle : « S’il s’agit d’infanticides suite à des grossesses non déclarées, on ne pourra rien vérifier, la priorité serait plutôt de mieux suivre les grossesses ». Le Conseil général, chargé de la prévention, prévoit l’achat d’un appareil à échographie portable pour aller dans les villages. D’ici là, des Amérindiennes enceintes continueront à affronter en pirogue, les cascades du fleuve jusqu’à Maripasoula, au gré des arrivées par avion de Cayenne de médecins pratiquant l’échographie.
« On est en train de fabriquer des crétins »
Aucun professionnel ne conteste, en revanche, cette conclusion du docteur Cardoso : « en l’état des connaissances, les 8 malformations congénitales observées (2 hydrocéphalies, une trisomie, une agénésie des 2 oreilles, une imperforation anale et du conduit auditif, une anomalie vasculaire et une autre d’un rein) ne peuvent être liées au mercure». Mais pour l’un de ses confrères : « On a fait l’erreur de se focaliser sur les malformations visibles pour savoir si c’était lié au mercure. Or le mercure qui s’attaque au système nerveux central provoque déjà des troubles fonctionnels chez les enfants et l’intoxication augmente. On est en train de fabriquer des crétins ».
L’autre étude réalisée en juin 2005 par le docteur Cardoso et son équipe en atteste : 84% des adultes Wayanas et Emerillons, les deux groupes amérindiens du haut Maroni, ont des concentrations en mercure dans les cheveux excédant la barre de 10 µg/g fixée par l’Organisation mondiale de la santé contre 64% lors de l’enquête réalisée en 1997 (les enfants sont passés de 50 à 54% au-dessus de 10µg/g). Or dès 1998, selon l’Inserm, des tests avaient révélé des altérations du champ visuel, des troubles de la coordination et de la mobilité, liés au mercure, chez les enfants. Des déficiences probablement irréversibles selon une étude aux Iles Féroé sur des enfants intoxiqués à des taux similaires. Hormis quelques cas isolés (qui consomment leur pêche à Sinnamary et dans un village amérindien très en aval sur le Maroni), les Amérindiens du haut Maroni sont, de loin, les Guyanais les plus contaminés.
La raison : ce sont les plus gros consommateurs de poisson (de 250 à 600 grammes par jour). Quatre espèces carnivores, les plus contaminées : l’huluwi, l’aïmara, le mitala et le piraï, leur apportent 70% du mercure. « Ce sont aussi les plus faciles à pêcher » glisse Akama Opoya. « Il y a 3 sources de contamination des poissons », explique Alain Boudou écotoxicologue et président de l’Université de Bordeaux 1, « le mercure oxydé stocké dans les sols en grande quantité en Guyane et que l’homme libère surtout par les activités d’orpaillage mais aussi par la déforestation et la construction de routes ; celui utilisé pour amalgamer l’or au cours de la ruée du début du 20e siècle, et à nouveau aujourd’hui depuis la reprise forcenée de cette activité il y a 15 ans ».
Encourager un virage alimentaire
Certes la Préfecture a interdit l’utilisation du mercure depuis le 1er janvier 2006. Mais cette mesure n’aura aucun effet sur l’érosion des sols libérant le mercure, ni sur les activités aurifères clandestines où l’on se sert toujours de ce métal pour amalgamer l’or. En outre, le mercure est en vente libre au Surinam voisin. La rivière Oulémali « orpaillée », au Surinam, déverse depuis des années ses boues vers Antecume Pata en aval. Coïncidence ? Dans ce village, où certains Amérindiens ont choisi de chercher l’or sur la rive voisine, le taux moyen d’imprégnation est le plus élevé de Guyane : 15µg/g. En l’état, si la première étude ayant observé la contamination date de 1994, les pouvoirs publics tardent à maîtriser « un dossier pourri », selon une source à la DSDS : « c’est aux gens concernés d’avoir la volonté de changer de régime alimentaire, on ne peut pas décréter qu’on va réduire la contamination sans leur accord ».
En 2001, les Amérindiens avaient exigé un préalable : l’éradication, notamment sur la rivière Waki, en amont de Kayodé, de l’orpaillage clandestin toujours sous la coupe de patrons guyanais de Maripasoula et de Brésiliens. La position des Amérindiens semble avoir évolué depuis un séminaire de plus sur le mercure à Cayenne en 2005. « Ils se sentent victimes et on leur demande de faire l’effort de s’adapter », peste un médecin de Maripasoula. «On n’a pas d’autre alternative que d’enclencher des modifications de comportements puisque le milieu est contaminé », rétorque Philippe Quénel, responsable de la cellule de veille sanitaire Antilles-Guyane. « Mais il ne faudra pas bouleverser l’équilibre nutritionnel sous peine de se retrouver avec des diabètes, des hypertensions, comme chez les Inuits au Québec », prévient Nadine Fréry de l’Institut de veille sanitaire. Au Canada, après cette expérience ratée, « on n’a plus interdit aucun poisson à un adulte jusqu’à un taux de 30µg/g de mercure dans ses cheveux », confie Albert Nantel, médecin à l’Institut de Santé publique du Québec. A Minamata (Japon) et en Irak, des effets neurologiques sévères ont été observés à partir de 40 à 50µg/g.
La DSDS, qui a appelé la Croix-Rouge à la rescousse fin 2005 en lui offrant 600 000 euros, veut encourager un virage alimentaire des femmes enceintes, des femmes allaitantes et des jeunes enfants. L’objectif étant de faire chuter le taux de mercure pour les 6 derniers mois de grossesse, les plus dangereux pour le fœtus. Mais un problème pratique demeure : ces villages isolés, ne sont toujours pas électrifiés, impossible donc d’y conserver et d’y varier les aliments. Aïku Alemin, lui, narre le choc culturel : « Je vais dire au village de ne plus manger de poissons contaminés. Certains refuseront. Car priver les Wayanas des aliments de leur enfance, cela revient à voler leurs âmes ».
Nb
G Tonkeul:Frédéric Farine , a
été
professeur au collège de Maripasoula , il s'attache
à
dénoncer tous les scandales de Guyane ce qui lui vaut de
nombreuses tracasseries locales. Il a été
agréssé par un orpailleur
(déja évoqué) voir l'article
dans Guyane FarWest.
| 2 -Opération Anaconda |
Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Georges Broussaille.
L’exploitation de
l’or en Guyane
pollue la jungle et fait des ravages chez les habitants. Mais il y a
plus grave : « La Guyane souffre
d’un grave
problème d’image à cause de
l’orpaillage
clandestin », comme l’a dit la ministre de
l’outre-mer en septembre 2004. Pour corriger ce
problème
d’« image »,
l’État envoie
l’armée pour raser les villages de
Brésiliens
clandestins, au cours d’opérations dites
« Anaconda ». Seul
inconvénient :
ça ne sert strictement à rien.
DANS LES TOUT PREMIERS JOURS de l’année, alors qu’en métropole le foie gras et les huîtres pesaient encore sur la digestion, quelques erroristes crapahutaient dans une des forêts tropicales humides de l’Amazonie française, une des zones naturelles les mieux préservées de la planète - sans doute plus pour très longtemps. Depuis quinze ans, le renouveau de la ruée vers l’or a transformé la forêt guyanaise en far-west à la française, où la moto à quatre roues remplace le cheval et où la cavalerie déboule en hélicoptère. En guise de développement durable, les populations de la forêt ont droit à la pollution et aux violences liées à l’exploitation de l’or. En remontant le Maroni, fleuve frontière entre Guyane française et Surinam, nos baroudeurs cherchaient des spécimens de chercheurs d’or clandestins, ceux-là mêmes qui déchaînent les foudres de l’armée, histoire de les épingler dans leur boîte à images. Parmi eux, François, qui connaît bien le fleuve pour y avoir enseigné dix ans avec sa compagne Marie- Claude. Sur la rive surinamienne en amont de Maripasoula, ils sont allés vérifier la version des autorités selon laquelle les orpailleurs « sauvages » du Maroni seraient des brigands sans foi ni loi coupables de tous les maux. Et comme François le raconte à CQFD, ce qu’ils ont vu n’a rien à voir avec ce scénario.
Guidés par des indiens Wayanas, ils tombent d’abord sur un site d’orpaillage abandonné, balafré par la déforestation et pollué par les hydrocarbures, qui leur donne un avant-goût des dégâts. Quelques heures plus tard, ils trouvent enfin une exploitation d’or illégale. Le campement est sommaire : un « dortoir » qui consiste en une bâche en plastique tendue sur quatre piquets et des hamacs, une cuisine sous une autre bâche avec un four en pierre et une grande table. La petite équipe qui bosse là comprend cinq orpailleurs âgés de 20 à 30 ans, un chef de chantier d’une cinquantaine d’années et une femme à tout faire. Tous sont Brésiliens, originaires de l’Amapa, région aurifère à la frontière de la Guyane. C’est un pays de garimpeiros endurants qui connaissent la forêt comme leur poche. D’abord réticents, ils invitent leurs visiteurs à partager un plat de riz et de boulettes de viande. La conversation n’a rien de spectaculaire, ils sont là depuis plus d’un an à trimer une dizaine d’heures par jour. Ils affirment prudemment ne pas trouver beaucoup d’or, mais ne pipent mot sur le salaire qu’ils tirent de leur labeur. Ils n’ont aucun haut fait d’arme à raconter, pas d’attaque de diligence, pas de scalps à exhiber. Ils avouent quand même fréquenter un saloon ouvert par un compatriote à une trentaine de kilomètres de leur camp, l’or y est la seule monnaie utilisée. Ils s’y rendent en quad (moto à quatre roues), seul moyen de transport terrestre, pour se ravitailler et faire la bringue. Pendant quelques heures, ils oublient leurs soucis dans l’alcool et les bras des prostituées, brésiliennes elles aussi. Après le repas, les invités découvrent les conditions de travail de leurs hôtes. Les garimpeiros attaquent le sol avec des lances Monitor qui envoient de l’eau sous pression, la boue est dirigée vers des gouttières jusqu’au tamisage. Souvent ils pataugent dans la gadoue jusqu’à la taille. Le plus grand danger, c’est de tomber dans un trou d’eau. D’ailleurs les noyades sont fréquentes. Rien de tel ce jour-là, juste un bobo, un des gars s’étant blessé à l’épaule. Ses visiteurs le descendront au poste de santé le plus proche, à un jour de pirogue.
La réalité paraît donc bien éloignée des déclarations sarkoziennes sur les nuées de hors-la-loi brésiliens qui mettraient en péril l’État de droit dans notre lointaine colonie, au même titre que les hordes d’islamistes dans nos cités populaires. Pour autant, les ravages causés par l’orpaillage, légal ou pas, sont bel et bien réelles, provoquant la colère grandissante des populations locales. Il fallait que les politiques agissent, ou fassent semblant d’agir. Mais plutôt que de s’attaquer à la racine, ils ont préféré s’en prendre à leur bouc émissaire favori, l’immigré clandestin. Jospin avait ouvert le bal en 1998 : pour cinq ans, la Guyane a eu le privilège d’expérimenter une législation à faire baver d’envie Le Pen et de Villiers. Fini, par exemple, le caractère suspensif des recours contre les arrêtés d’expulsion. Avant que la justice statue sur son cas, un clandestin a déjà eu le temps d’être expulsé par la porte - mais aussi de revenir par la fenêtre, ou plutôt par la pirogue. Comment contrôler toutes les allées et venues sur un fleuve de 500 kilomètres ? La mesure est donc inefficace, sauf pour faire du chiffre. Malgré ça, Sarkozy s’est empressé de la rendre permanente (LSI de mars 2003). Il est vrai que la droite, revenue au pouvoir sur le thème de l’insécurité, ne pouvait laisser passer l’occasion de déballer ses muscles, fût-ce pour la frime.
Les orpailleurs vont en prendre pour leur grade. Depuis 2002, sous l’autorité du nouveau préfet Mancini (un ancien du Raid), l’armée multiplie les assauts contre les forçats de l’or, au cours d’opérations virilement baptisées « Anaconda ». « Un gros reptile amazonien dont on connaît la méthode : il étouffe sa proie avant de l’avaler, s’enthousiasme le colonel de gendarmerie Jean- Philippe Danède dans Le Journal du Dimanche (30/11/03) L’idée est d’asphyxier les orpailleurs clandestins, de couper leurs voies d’approvisionnements en vivres, en matériel et en combustibles. Pour que tout devienne si cher au coeur de la forêt que chercher de l’or ne soit plus rentable. Vous allez voir... » Et qu’est-ce qu’on a vu ? Que ces raids glorieux ne sont que des coups d’épée dans l’eau. En témoigne leur bilan dans la zone d’orpaillage de Dorlin, sur la commune de Maripasoula. En juin 2003, une opération Anaconda y déniche une mine illégale ainsi que dix-neuf ouvriers, près de trois kilos d’or et du matériel d’orpaillage. Les pandores dynamitent la mine, saisissent une pelle mécanique, des quads, des moteurs, des groupes électrogènes et détruisent une dizaine de carbets, les habitations de fortune qui abritent les garimpeiros. Mais un an après cette héroïque victoire de nos forces armées, tout est à refaire. De retour dans la zone en juin 2004, les militaires découvrent que l’extraction illégale se poursuit en faisant vivre à présent un village champignon de huit cents habitants. Re-belote, re-dynamite ! Cette fois, nos troupes d’élite s’attaquent à deux pelleteuses, dix-huit pompes, trois quads et 36 000 litres de carburant. Avant de quitter les lieux, ils rasent tout le village et ses 227 carbets. Détail amusant, qui démontre le sens pratique de nos braves : c’est avec un bulldozer saisi sur les lieux qu’ils ont tout bousillé.
Résultat ? Six mois plus tard le champignon a déjà repoussé. Ce coup-ci, l’armée décide d’employer les grands moyens. En janvier 2005, elle lance un raid façon Kolwezi : des hélicoptères Puma débarquent des commandos de gendarmes, appuyés par des militaires du génie et du 2e RIMA. À nouveau on s’acharne sur les carbets, pompes, pirogues, quads, gasoil, à quoi s’ajoute une prise de guerre d’un kilo et demi d’or. À nouveau des clandestins sont arrêtés, certains expulsés manu militari tandis que d’autres reçoivent une injonction à quitter le territoire par leurs propres moyens. Abandonnés en pleine forêt, les garimpeiros n’ont souvent pas d’autre option que de voler la première pirogue qui leur tombe sur la main. Dépouillés de leurs maigres richesses, ils sont aussi tentés de se refaire au détriment d’autrui. Chaque opération Anaconda est donc suivie de braquages. La répression ne fait que jeter de l’huile sur le feu, et rendre plus difficiles les conditions de vie des garimpeiros, obligés de s’enfoncer toujours plus loin dans la forêt. L’anaconda tue ses proies en les étouffant, la tactique qui porte son nom ne fait que se mordre la queue. Comment imaginer que ces crève-la-faim qui triment comme des esclaves sont les grands coupables de l’orpaillage clandestin ? De toute évidence, ils n’ont pu financer ni le coûteux matériel destiné à l’extraction ni les tonnes de carburant qu’il nécessite. Faire tourner une pompe demande cent litres par jour, une pelleteuse en engloutit le double. La gendarmerie a calculé que le prix moyen d’un litre de gasoil correspondait à celui d’un gramme d’or. Les 36 000 litres saisis à l’occasion de la descente de juin 2004 représentaient donc à eux seuls un investissement de 36 kilos d’or ! Qui alors se cache derrière ce site, qui sont les donneurs d’ordre des exploitations illégales ? Les autorités, toujours promptes à crier haro sur l’immigré, sont beaucoup moins loquaces pour répondre à cette question. En septembre 2004, Brigitte Girardin, ministre de l’Outre-mer de passage en Guyane, avançait une explication à la Superdupont : « C’est une organisation mafieuse internationale qui tire les ficelles. » L’anti-France, donc. Mais quand la gendarmerie se donne la peine d’enquêter sérieusement, elle ne trouve qu’un patron... français. Le 28 mars dernier, la justice a ainsi condamné à deux ans de prison ferme et 30 000 euros d’amende le propriétaire de la fameuse mine de Dorlin. Il s’agit d’un certain Jean Bena, qui vivait tranquillement dans sa propriété de Métal, au Surinam, à vingt minutes de pirogue de Maripasoula. D’où il continuerait, chuchote la rumeur, à gérer son bizness. En accusant une vague mafia internationale, ce n’est pas des couleuvres qu’on veut nous faire avaler, mais des anacondas longs de huit mètres.
En réalité, la responsabilité de la situation incombe aux autorités françaises, elles qui ont transformé la Guyane en zone de non-droit du travail pour satisfaire aux exigences de la Fedomg, le syndicat des patrons orpailleurs. Le recours généreux aux autorisations provisoires de travail (APT) pour gérer la main-d’oeuvre étrangère en est un bon exemple. En métropole, ces contrats précaires de neuf mois maximum sont réservés aux ouvriers agricoles saisonniers et aux étudiants obligés de bosser. Mais en Guyane, l’APT est le contrat de base dans le secteur aurifère. En 2003, selon le collectif « Quel orpaillage pour la Guyane ? », l’industrie de l’or employait 889 salariés officiels, dont 539 en APT, brésiliens pour la plupart, soit 60 % de l’effectif déclaré. En métropole, il faut un visa pour obtenir une APT. Pas en Guyane. La distinction entre travailleurs légaux et clandestins est donc parfaitement saugrenue, pour ne pas dire surréaliste. Selon un rapport rédigé en 2000 par la députée guyanaise Christiane Taubira, 75 à 85 % des effectifs réels du secteur de l’or n’auraient pas de titre de résidence ou de séjour temporaire. Bref, le travail « clandestin » reste la norme, pour le plus grand profit des patrons qui disposent ainsi d’une main-d’oeuvre précaire et très bon marché, faisant le va-et-vient entre des exploitations déclarées et d’autres qui ne le sont pas. Si Jean Bena est une exception, ce n’est pas parce qu’il possède une exploitation illégale, mais parce qu’il a été condamné pour cela. Assurés d’une impunité presque complète, les parrains de l’or-pillage peuvent continuer d’empoisonner la population et de détruire la forêt guyanaise. Leurs esclaves sont là pour payer la facture.
C’est tous les jours Noël pour les grands patrons de l’orpaillage guyanais « légal ». Exonérés de taxe professionnelle, ils se contentent de payer une taxe minière royalement fixée à 0,5 % de la production. Pour un kilo d’or à dix mille euros, les collectivités territoriales ne touchent qu’un dérisoire pourboire de cinquante euros. Mais cette gâterie fiscale ne suffit pas à CBJ-Caiman. Ce géant de l’extraction aurifère, filiale de la multinationale canadienne Cambior, a jeté son dévolu sur la Guyane. Mais comme préalable à son installation, il exige carrément une exonération complète de tous les impôts, octroi de mer, impôt sur les sociétés, taxe foncière et taxe sur le carburant. La seule chose qu’il veut bien s’engager à payer, c’est la minuscule taxe minière.
Et ce n’est pas tout : elle réclame aussi le versement d’une subvention de 28 millions d’euros ainsi que la construction - tant qu’on y est ! - d’une ligne à haute tension de cinquante-cinq bornes. Tout ça pour pouvoir détruire au moins trente kilomètres carrés de forêt sur la montagne de Kaw, située en plein coeur d’un parc naturel. Cette région à la biodiversité prodigieuse, territoire des Améridiens Palikurs, accueille notamment une des dernières colonies au monde de caïmans noirs - les vrais, pas ceux des multinationales en costume anthracite. Mais hommes et caïmans ne pèsent pas lourd face aux quatre tonnes d’or que Cambior espère piller chaque année à l’aide de cyanure déversé à pleins jets. Ils ne rivalisent pas non plus avec les trois cent trente-sept emplois directs que la multinationale fait miroiter à la Guyane, où le chômage bat des records. Elle a déjà déboisé une trentaine d’hectares et n’attend plus qu’un feu vert définitif pour entamer le saccage. Et recevoir les opulents cadeaux fiscaux qui iraient avec... Les opposants au projet redoublent d’efforts pour bloquer le projet en harcelant les élus locaux, mais le temps presse et l’espoir est mince. Une pétition circule, lancée par le collectif Quel orpaillage pour la Guyane ?. À défaut de dresser les caïmans noirs à se choisir du cadre de Cambior pour le petit-déjeuner, on a aussi bien fait de la signer.
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- Le 27 janvier 1997:
Est publié un article au
sujet de la "thèse …
récemment soutenue par M. Jean
Lebel" dont
" les professeurs Donna Mergler et Marc Lucotte, (sont)
directrice et co-directeur de la recherche" intitulé
"La population amazonienne affectée par le
mercure, même à de faibles niveaux de
concentration", "La population amazonienne
affectée par le mercure, même à de
faibles niveaux de concentration", article publié
au sujet de la thèse en
sciences de l'environnement de M. Jean Lebel dans la revue
universitaire canadienne "L'UQAM
branché (Université du Quebec)….",
numéro 10 du 27 janvier 1997 (étude
réalisée sur
la rivière Tapajos du Brésil). La
région où elle s'écoule subissant
à la fois la déforestation à
cause des défrichement destinés à
livrer les terres à l'agriculture et un orpaillage
à la batée :
" Bien qu'exposés au méthylmercure à des niveaux largement inférieurs à ceux mesurés chez les populations de Minamata et de l'Irak, les habitants de l'Amazonie présentent une altération de certaines de leurs fonctions neurologiques. … . Les troubles rencontrés chez la population ont trait à la coordination, l'élocution, la surdité, la réduction du champ visuel. Selon les chercheurs, ces altérations sont une indication claire d'un déséquilibre du système nerveux, même en l'absence de maladie. De plus, insiste M. Lebel, ce sont des personnes âgées de moins de 35 ans qui sont les plus atteintes. Or, on croit que la présence accrue de mercure dans l'environnement date d'au moins 20 ans et d'au plus 35 ans. Si tel est le cas, les résultats obtenus pourraient être la première illustration, chez l'adulte, des conséquences d'une exposition étendue à l'ensemble d'une vie. Toutefois, il est difficile de dire si ces atteintes résultent uniquement de l'exposition fœtale, ou si elles sont indicatrices de dommages cumulatifs. Enfin, conclut-il, il importe d'approfondir ces découvertes afin de prévenir l'apparition d'atteintes plus graves."
- 1997 :
publication du livre de Larbi Bouguerra, "La pollution invisible" : "La technique de l'amalgamation consiste à faire passer les boues aurifères sur le mercure qui forme un amalgame, c'est à dire un alliage, avec les particules d'or. Pour récupérer le métal jaune, il faut distiller le mercure … dans des conditions rudimentaires en général dans le cas des pays cités précédemment. Le procédé est fort dangereux car les vapeurs de mercure sont très toxiques. De plus, il est d'un fort mauvais rendement car d'une part, il n'extrait que la moitié à peu près de l'or des boues aurifères, et d'autre part, tout le mercure est, en grande partie, perdu."
- Février 1998 :
L'article "Mercury
alert in the Amazon" de Valérie
Bolliet (Canada)
est disponible pour tous les chercheurs ou
fonctionnaires
ministériels concernés par ce sujet dans lequel
nous avons extrait :
"Tant
qu'il y avait la forêt, donc, le mercure naturel
était stable dans les sols. Mais le déboisement,
un problème majeur en Amazonie lié aux pratiques
agricoles –on rase et on brûle les arbres
–entraîne l'érosion et le relargage du
mercure. Le métal étant bioaccumulable dans la
chaîne alimentaire, il se retrouve dans les poissons, puis
chez les humains qui le consomment. …
… Recherche participative et
interdisciplinarité le "Projet mercure"
démarré en 1995 conjugue les expertises dans
plusieurs disciplines : pédologie, toxicologie,
agroforesterie, botanique, chimie, sciences sociales
… En janvier dernier, la première
rencontre d'un réseau interdisciplinaire
réunissant des chercheurs, médecins et ONG qui
travaillent sur la problématique du mercure en Amazonie
s'est tenue à Santarem. Une deuxième rencontre
prévue en mai prochain réunira des participants
du Brésil,
de l'Equateur, du Venezuela, du Pérou, du Canada et des
Etats-Unis." Et aucun français
alors que le problème du mercure en Guyane est
déjà bien cerné.
Les
résultats des deux études
réalisées par l'équipe
Brésilo-Canadienne conduiront ensuite Jean Lebel
à synthétiser ces données lors de la
Conférence "Empoisonnement
au mercure en Amazonie
: la face cachée" ( Texte
de la Conférence de Jean Lebel, administrateur de programmes
principal, CRDI, Initiative de programme pour le
développement international.)Cela concerne, rappelons-le, une région
exposée essentiellement à la
déforestation pour une utilisation agricole des terres, ce
qui n'est pas encore le cas en Guyane.
A
l'inverse, dans notre département lointain, "… les eaux ont perdu leur
couleur d'antan. Il faudrait être bien imprudent pour
continuer à consommer des aïmaras sortis de cette
eau de couleur devenue ocre … vraisemblablement fortement
chargée en mercure comme la plupart des rivières
et fleuves de Guyane aujourd'hui. Si l'orpaillage est certes une
activité traditionnelle, cet orpaillage là
s'effectue à coup de pelleteuses et de bulldozer pour
décaper les berges de fleuves et rivières, et n'a plus rien à
voir avec l'orpaillage à la bâtée comme
le pratiquaient les orpailleurs traditionnels … .
Pendant les années 1980, le fleuve
était un lieu d'orpaillage alluvial, tout à fait
officiel, où l'or était
récolté à l'aide de barges et de
pompes suceuses dans le lit des fleuves et des rivières.
… au cours des trois dernières années,
s'y est ajouté une nouvelle activité d'orpaillage
alluviale des berges des fleuves et des criques proches, fortement
polluante, et dans la plus parfaite illégalité
cette fois-ci. Difficile
de consommer des poissons en aval dans ces conditions. …
" (
-Fin 1998: projet de création du parc national de guyane
"la
mission parc recrute au moins une personne par village (Noir marron ou
Amérindien) concerné. Le comité de
pilotage s’élargit aux associations et aux
pouvoirs coutumiers. Aucun des thèmes les plus
problématiques n’est esquivé. Point
sensible s’il en est, les pratiques traditionnelles
– chasse, pêche, agriculture itinérante
sur brûlis (l’abattis) – seront
maintenues, sans aucune restriction, sauf pour les pratiques
commerciales (à l’exception des produits
à destination de Maripasoula). « Tout le
monde était d’accord, rappelle M.
Bassargette : dans deux cents ans, il faut que tout soit
encore là. Les hommes, les poissons dans les fleuves, les
animaux dans la forêt. Cela ne veut pas dire qu’il
ne faut rien tuer, mais qu’il faut éviter de
briser les équilibres écologiques comme on
l’a fait ailleurs. » A la mi- 1998,
beaucoup croient l’affaire bouclée.