ouvelle-Calédonie > Solidarité - 29/03/2010

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ource les  NOUVELLES CALEDONIENNES 29 MARS 2010
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Futuna après le chaos
Tuufui Sepeliano a tout perdu dans le cyclone qui a balayé l’île de Futuna deux jours durant. Assis au centre d’un falé sans toit, face à ses enfants qui tentent de déblayer un jardin ravagé, il témoigne de la violence de Tomas et de sa difficulté à trouver la force de tout recommencer.

« Je n’ai plus rien, ni toit, ni murs, ni vêtements. Je vis dans le noir. Mes champs sont détruits et je ne pourrai rien tirer des quelques taros et ignames qui me restent. Tout est foutu. » Autour de Tuufui Sepeliano, à l’air libre, une seule chemise, une paire de chaussures de foot détrempées, une télé désormais éteinte et un frigo mal en point. A Fuia (nord), le vent a soufflé fort le samedi 13 mars en début de soirée. « C’était comme des cris de bêtes. Je ne savais pas si c’étaient des hurlements ou si c’était le vent. On nous a dit que les rafales avaient atteint 150 kilomètres/heure. Je n’y crois pas, c’était beaucoup plus fort. »
Comme beaucoup de ses voisins, Sepeliano est resté dans sa case sans bouger, la peur au ventre. Et puis le cyclone Tomas s’est fait plus intense, « c’était comme dans un tourbillon, autour de nos têtes on entendait le bois voler. C’était terrifiant ». Preuve de la violence du vent, les longues et lourdes poutres de bois qui jonchent le sol de la case et s’amassent dans le jardin. Elles proviennent de la scierie située à une vingtaine de mètres de là. Ce sont elles qui au passage ont emporté une partie du toit du falé. Désormais à la merci des fortes pluies, la famille doit agir. Mais comment gérer quatre garçons, une petite fille de deux ans, une femme et « le vieux qui restait là sans bouger » ? « On n’y voyait rien. On entendait les objets siffler en s’envolant. C’était impossible d’avancer, il a fallu ramper pour tenir contre le vent et réussir à se réfugier dans les maisons en dur des voisins. »
Ce jour-là, Sepeliano est assis au cœur de ce qu’il reste de son falé : quelques morceaux de toit en pandanus, deux trois poutres en ciment, un vieux fauteuil roulant et une chaise sur laquelle trône le vieux. Le regard hagard, Sepeliano sourit tristement à ses enfants qui s’échinent à enlever les tôles et les branchages qui recouvrent le jardin. « J’ai retrouvé des bouts de ma maison à quarante mètres d’ici… je les regarde travailler, mais je me dis que ça sert à rien. J’ai plus rien et je sais pas par où commencer... pour tout recommencer justement. » Les larmes ne sont pas loin. Mais Sepeliano est sauvé par le gong. C’est Alexandre son petit de quatre ans qui vient apporter quelques bananes. On refuse poliment. « C’est tout ce qu’on a. Je sais qu’un avion arrive chaque jour avec de la nourriture mais on n’a rien, nous. Il paraît que tout va dans les magasins, mais les gens comme moi, qui ne travaillent pas et vivent de leurs récoltes, ils font comment pour acheter des choses à manger ? »

« Moi, depuis, samedi dernier, j’ai eu cinq bouteilles d’eau ! »

C’est maintenant au tour de la colère de se pointer. « Ils distribuent de l’eau aux chefferies. Mais moi, depuis samedi dernier, j’ai eu que cinq bouteilles ! » A sept, la portion est rude. Sepelino s’enfouit la tête dans ses larges mains, puis reprend, résigné : « On se rationne. Les petits d’abord, ma fille surtout. Avec ma femme, on va à la source même si on craint qu’elle soit polluée. Et parfois un voisin apporte quelque chose. »
Sepeliano et sa famille sont sept parmi tant d’autres sinistrés. Si les villages du royaume d’Alo sont blessés au cœur, sur l’autre versant, plus au Sud, Poi souffre plus encore. Les Futuniens ont gardé le sourire jusqu’à présent. Ensemble, ils ont déjà reconstruit des falés entiers, déblayé des kilomètres de routes et remis la tôle d’aplomb sur les toits. A Fuia, ils s’attaquent à l’église éventrée, à Poi, à la route qui s’en est tout simplement allée. Mais vendredi, le moral semblait pourtant manquer. « Je sens que je suis fatigué. J’ai faim, mon corps a mal. » La voix de Sepeliano tremble. « J’étais là pour Raja (1986). J’étais petit mais je me souviens que les légionnaires étaient venus en grand nombre. En un mois, c’était réglé. Mais là, Tomas il y est allé trop fort. Et avec notre petite force, nous, on fait ce qu’on peut », avoue-t-il, les yeux rougis.
« On dirait que la France nous quitte, là. J’ai mal au cœur et je sais que c’est pas fini. Qu’on a mangé nos derniers bons taros et qu’il faudra attendre la prochaine récolte pour reprendre des forces. »
Quelques gouttes de pluie commencent à rafraîchir l’atmosphère, un vrai sourire revient sur le visage tendu du Futunien. C’est ce soleil qui tape depuis quinze jours qui assomme les courageux. Ils avaient du mal à respirer, explique Sepeliano, qui montre pour la première fois depuis une heure ses larges dents blanches. « Si la pluie reste, ça va faire revenir la verdure »... et puis le baume au cœur. « On prie le ciel pour que tout rentre dans l’ordre, et vite. Parce que là, moi, ma famille, les voisins et ceux qui ont tout perdu, on est des naufragés dans un cimetière comme on dit ».

Reportage à Futuna de Marion Pignot

 

  Les chefferies mobilisées par la Croix-Rouge 
Cela fait maintenant quinze jours que le cyclone Tomas a balayé Futuna. De l’aide alimentaire arrive par Casa quotidiennement sur l’île et, mardi, la Pirops (plateforme d’intervention régionale pour le Pacifique Sud), au nom de la Croix-Rouge, a pris les choses en main pour répartir les denrées aux sinistrés. Vendredi, deux experts de la Croix-Rouge venus de Paris ont mobilisé des bénévoles pour qu’ils aillent à la rencontre des familles et évaluer leurs besoins. C’est en demandant pour la première fois la médiation des chefferies que la Pirops a pu organiser cette structure d’aide aux sinistrés. « Les chefferies étaient un peu gênées au début. Ce sont elles qui gèrent normalement les problèmes des villages et elles soupçonnaient de l’ingérence de notre part. Mais là, il fallait réagir vite et en leur expliquant que nous étions un organisme indépendant venu simplement expertiser l’ampleur des besoins. Tout le monde s’est calmé et tout s’est rapidement mis en place », a expliqué, vendredi, Florent Chané, salarié de la Croix-Rouge.
Ainsi, soixante bénévoles (dont beaucoup ont tout de même été désignés par les chefferies) vont sillonner par équipes de deux les villages de l’île et rencontrer les 800 familles dans le besoin. Armés d’un questionnaire (identification, nombre de personnes par habitation, réserves alimentaires et d’eau, situation nutritionnelle et sanitaire, etc.), ils devront interroger quelque 18 familles par jour (samedi dernier et aujourd’hui, lundi). Le rapport qui découlera de cette mission devrait être mis au jour jeudi. « Le plus important est que tout soit bien rodé avant notre départ, que les chefferies aient compris leur rôle »,  a insisté Florent Chané, qui soutenu par trois bénévoles, devrait être présent à Futuna durant encore au moins trois semaines.
  25 000 
La Pirops distribue 20 000 à 25 000 litres d’eau par jour aux Futuniens (pour une capacité de production qui peut monter jusqu’à 80 000 litres). Trois réserves (bladders) de 10 000 litres et deux autres de 5 000 litres ont été disposées à plusieurs points stratégiques de l’île (hôpital, grandes chefferies, etc.).
  Repères 
Le Rimap en action
Les trente hommes du Rimap continuent de déblayer les routes et les terres ravagées de Futuna. Beaucoup d’entre eux sont basés à Poi et s’emploient à désenclaver le village dont la route a été happée par la mer. Dans le même temps, des équipes sont chargées de remettre en service les stations de captage d’eau. Quatre des cinq stations fonctionnaient samedi soir. Les hommes du Rimap tentent également de remettre sur pied l’hôpital de Futuna. Le toit de l’établissement s’étant envolé, de nombreuses pièces ont été inondées. Actuellement, deux chambres sur les trois endommagées sont réutilisables tout comme une des salles de soins. Des travaux d’assainissement sont toujours en cours. A noter que le préfet a refusé la venue d’une unité d’intervention de la sécurité civile, « trop spécialisée » selon lui.

Le soutien psychologique se fait attendre
Si, tous les bâtiments administratifs ayant été ravagés par Tomas, un PC de crise a été installé directement chez le commissaire délégué de Futuna, la cellule psychologique réclamée pourtant par le représentant de l’Etat n’a pas encore été mise en place. « Les gens commencent à vouloir parler, ça serait le bon moment », explique Florent Chané, de la Croix-Rouge, avant d’ajouter « plus tôt ça n’aurait peut-être pas été nécessaire, il faut que le choc soit digéré pour que les langues se délient ».
Un médecin militaire pourrait toutefois arriver cette semaine, histoire de faire un premier bilan sanitaire.
  Le Jacques-Cartier en route pour Wallis 

Samedi matin, le Jacques-Cartier a appareillé pour Wallis, où il devrait arriver en milieu de semaine. A cette occasion, le général Olivier Tramond, commandant supérieur des Fanc (forces armées de Nouvelle-Calédonie) et Yves Dassonville étaient présents à la base Chaleix. Le haussaire a tenu à s’adresser à la trentaine de volontaires du GSMA avant qu’ils ne prennent la mer en leur indiquant qu’ils devaient « être fiers et motivés pour cette mission qui va permettre de concrétiser leur formation ». Les jeunes auront l’occasion de montrer leur savoir-faire puisqu’un projet de service militaire adapté est à l’étude pour l’île de Futuna. Le bâtiment de la Marine nationale emmène à son bord du matériel de reconstruction, une trentaine de tonnes de vivres, des produits d’hygiène et les matériels nécessaires à la reconstruction du réseau d’adduction d’eau.




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