| La soif de l'or et ses
conséquences: insécurité,violences,
agresssions,tortures, fusillades, meurtres,intimidation de la presse, violation de la loi,impuissance de l'état sans parler de la pollution des fleuves et l'empoisonnement des populations surtout amérindiennes. |
Pierre ROSSOVICH France-Guyane 12.03.2010
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1-Maripasoula: Zone
de non droit
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RFI
:Frédéric
Farine : le 10/11/2006
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De notre correspondant
à Cayenne
«C’est le
procès de
l’absence d’Etat de droit à Maripasoula»,
confiait René Kerhousse, l’avocat de
la partie civile, la veille du procès. «J’espère
que mon client viendra», indiquait pour sa part
Emile Tshefu, l’avocat de l’un des deux
accusés, Armand Moussa, ajoutant : «il
nie les faits». Mercredi, à
l’entame du procès, Me Tshefu a finalement
renoncé à plaider. Les deux accusés ne
sont pas venus. Le plaignant, Isaïs Souza Santos, non plus.
«Cela m’inquiète, je
n’ai plus de nouvelles de lui, alors qu’il a suivi
la procédure jusqu’à son terme mi 2005»,
glissait peu avant l’audience son avocat.
Un homme est mort
Les faits remontent aux 25 janvier 2001. Ce jour là vers 17
heures, Isaïas Souza Santos et Agostinho Rodrigues Pereira,
deux Brésiliens, accostent en pirogue à
Maripasoula, une commune du Sud-Ouest guyanais, enclavée
entre fleuve et forêt, à la frontière
du Surinam. «A Maripasoula, les deux hommes suivent
volontairement un groupe de Boschs, des Noirs marrons surinamais [sic]
qui proposent de leur trouver du travail au Surinam»,
assure à la barre le gendarme Philippe Amiet, qui a entendu,
le 2 février 2001 à l’hôpital
de Cayenne, un Isaïas Souza «très
diminué». La veille, ce dernier avait
donné une toute autre version à deux journalistes
venus à son chevet, expliquant qu’à
peine arrivé dans un commerce de Maripasoula avec son
compagnon de 61 ans «Maranhao» (le surnom de
Pereira), les deux Brésiliens avaient
été interpellés par un groupe
d’hommes qui leur avaient confisqué leurs papiers
avant de les contraindre à embarquer sur une pirogue.
Classée sans suite le 21 mai 2001,
l’enquête est relancée par une plainte
du Brésilien Isaïas Souza en juillet 2001.
L’instruction repart. Selon son témoignage, lu
à l’audience, les deux Brésiliens,
à peine arrivés à Maripasoula sont
abordés dans un magasin par des individus qui leur auraient
lancé: «ici la police c’est nous»,
avant de les délester de leurs biens (les menottant, selon
certains témoignages) et de les séquestrer. Selon
l’arrêt de renvoi, Soupé
Poïté, le
second accusé a été
identifié par plusieurs
témoins à Maripasoula comme membre d’un
groupe de
«quatre Blacks, deux devant, deux
derrière, encadrant deux Brésiliens et
se dirigeant vers le fleuve».
Les deux Brésiliens sont emmenés en pirogue, sur
une rive inhabitée du Surinam (en pleine forêt),
passés à tabac, ligotés à
un arbre et abandonnés avec plusieurs balles dans les
jambes. Ils parviennent à ronger leurs liens mais Pereira
décède. Isaïas Souza passe 4 jours seul
en forêt avant d’être secouru par deux
piroguiers moyennant la promesse de 30 grammes d’or. Il est
emmené par hélicoptère à
l’hôpital de Cayenne, où «son
incapacité de travail sera évaluée
à 9 mois», note le président
de la cour.
Des récidivistes
saute-frontières qui se jouent de la justice
française
Mercredi, il a été rappelé
à l’audience qu’Isaïas
Souza a affirmé avoir revu plus tard et identifié
celui qui avait «contrôlé puis
confisqué»
ses papiers à Maripasoula en 2001, Armand Moussa. Et cela,
le 18
juin 2002, alors qu’il assistait à Cayenne au
procès de quatre orpailleurs de Maripasoula
accusés
d’avoir séquestré et torturé
pendant 4
jours, en novembre 2000, un chercheur d’or
brésilien
qu’ils soupçonnaient d’être
mêlé
à un braquage sur un site aurifère.
Confronté
à Souza, Moussa nie alors les faits. Dans
l’affaire de
2000, Moussa avait été condamné
à 5 ans de
prison ferme avec les trois autres prévenus parmi lesquels,
déjà, Soupé Poïté
absent à
l’audience.
Dans l’affaire d’enlèvement du 25
janvier 2001, l’arrêt de renvoi présente
Soupé Poïté comme «le
chef de la sécurité»
d’un patron orpailleur de Maripasoula, Jean Bena. Le 28 mars
2006, ce dernier a été condamné par
défaut
à deux ans de prison ferme pour exploitation
aurifère
illégale. Il s’est depuis
réfugié dans sa
propriété de Métal, au
Surinam… à 20
minutes de pirogue de Maripasoula. Dans l’enquête
sur
l’enlèvement de 2001, l’un de ses
employés
brésiliens de Métal affirme avoir surpris une
conversation radio fin janvier 2001 entre «Keni» un
autre
employé de Bena et Soupé
Poïté, dans laquelle
Poïté se vante de l’assassinat de deux
Brésiliens. Selon ce témoignage Jean Bena aurait
aussi
entendu cette conversation et interdit à
Poïté de se
rendre à Maripasoula.
«C’était une pratique courante
des gens de Métal de prendre le passeport des
Brésiliens qui travaillaient pour eux»,
a lâché un ancien gendarme de Maripasoula
cité à l’audience mercredi. «Le
groupe armé de Bena faisait régner la terreur
avec la bénédiction des autorités au
nom de la protection de sites aurifères le plus souvent
illégaux», affirme de son
côté maître René Kerhousse,
l’avocat de la partie civile, ajoutant que «Poïté
venait d’être impliqué en
décembre 2000 dans le meurtre d’une
grand-mère amérindienne dont la maison avait
été mitraillée à
Maripasoula par une bande armée et en
treillis ! ».
Une troisième affaire dans laquelle l’expertise
balistique
avait révélé la présence de
balles
tirées par des armes de guerre. En outre, il
apparaît
qu’en 1999, ce même Poïté avait
été condamné par contumace
à 7 ans de
prison pour le viol aggravé d’une
Brésilienne. Un
crime commis à Maripasoula en 1997.
Des orpailleurs brésiliens asservis en
Guyane
Mercredi, Me Kerhousse a réclamé 50 000 euros de
dommages et intérêts pour Isaïs Souza:
«un miraculé, un religieux qui croit en
l’homme et qui venait à Maripasoula pour la
première fois de sa vie», plaide-t-il.
«C’est une affaire
épouvantable ! Savez-vous que ce dossier a
fait l’objet d’une question au Parlement
brésilien sur la situation d’orpailleurs de ce
pays réduits à l’esclavage en Guyane»,
renchérit l’avocat général
Jean-Francis Créon en s’adressant à la
cour avant de requérir «la
perpétuité pour M. Poïté dont
la société doit se protéger
(…) 3 ans ferme pour M. Moussa pour vol de papiers car, si
je ne dis pas qu’il n’est pas coupable du reste, je
n’en ai pas la preuve».
Après une courte délibération, les
trois juges professionnels ont acquitté Soupé
Poïté et condamné Armand Moussa
à 3 ans ferme «pour vols de
papiers des 2 victimes» et 2500 euros
d’amende dont 1500 de frais de procédure.
Abasourdi, le vice-procureur Créon a demandé au
président Bernard Picou de répéter
l’énoncé du verdict. Trois heures plus
tard, le procureur général de Fort de France
(Martinique) a fait appel de l’ensemble des
décisions civiles et pénales rendues à
l’issue de ce procès.
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AFP
et SITE http://www.ool.fr
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France-Guyane
du vendredi 16 mai, page 2
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Fusillade à Maripasoula
Le 11 décembre 2000, une nouvelle
étape dans le processus d'intimidation est franchie
à Maripasoula : au cours de la soirée, un groupe
de six individus en treillis tire des rafales de mitraillette vers deux
maisons : celle d'un vendeur d'or brésilien et celle d'une
famille
amérindienne originaire de la Waki (Pays Wayana). Les
enfants en
réchappent de justesse, mais la grand-mère est
touchée mortellement. Des
témoins ont identifié des orpailleurs locaux
parmi les tireurs. Depuis, un homme de la communauté
bushinengue s'est accusé du méfait. Il est
défendu par Me Marcault-Dérouard, l'un des plus
habiles avocats du barreau de Cayenne, qui fut le défenseur
d'Antoine Abienso, l'ancien maire." (Le Monde
7/7/2001) (1)
| 2-L'affaire frédéric FARINE : Négation de la liberté de la presse:un journaliste agressé |
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Reporters
sans frontière
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Reporters sans frontières 2003
15.05.2003 - Reporters sans frontières choquée par l’agression d’un journaliste Reporters sans frontières est "choquée" par l’agression du journaliste Frédéric Farine par Jean Bena, un important patron orpailleur. "Cette agression est malheureusement l’aboutissement d’une longue suite de menaces reçues par le journaliste. L’orpaillage est devenu un sujet délicat pour ceux qui se risquent à dénoncer les pratiques en cours dans ce milieu, dont le recours à la torture. Qu’on en soit arrivé là sur le territoire français est proprement choquant et inadmissible. L’agresseur doit être sévèrement sanctionné", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, dans une lettre adressée à Ange Mancini, le préfet de la Guyane. L’organisation a demandé à M. Mancini à être tenue informée des avancées de l’enquête ouverte à la suite de la plainte déposée par Frédéric Farine. Elle a également demandé des explications sur le comportement des policiers qui n’ont pas interpellé l’agresseur. Enfin, Reporters sans frontières a demandé au préfet d’étudier avec le journaliste les éventuelles mesures de protection qui seraient nécessaires pour garantir sa sécurité. Selon des informations recueillies par Reporters sans frontières, Frédéric Farine a été violemment agressé par le patron orpailleur Jean Bena, le 14 mai 2003 en début d’après-midi, alors qu’il couvrait pour la chaîne de télévision RFO Guyane le procès pour assassinat d’un ancien employé de ce dernier. D’après un collègue, Frédéric Farine a été insulté et a reçu une dizaine de gifles et de coups de poing de son agresseur, visiblement hors de lui. Ce dernier reprochait au journaliste d’avoir cité son nom dans un reportage. Deux policiers à moto ont assisté à la scène sans intervenir. L’agression a pris fin après l’intervention de policiers en civils qui ont maitrisé Jean Bena sans même l’interpeller. D’après Frédéric Farine, ils le tutoyaient en lui disant : "Jean, calme-toi". Le journaliste a immédiatement porté plainte pour "violences volontaires et menaces de mort". Informé par la police que son agresseur rôdait dans le quartier, il n’a pu quitter les lieux qu’une fois accompagné de son rédacteur en chef venu le chercher au commissariat. Avec Laurent Marot, correspondant en Guyane du quotidien Le Monde, Frédéric Farine est connu pour ses articles sur les violences dans le milieu de l’orpaillage. Les deux journalistes figurent dans le dernier rapport annuel de Reporters sans frontières dont voici un extrait : Le 1er juillet 2002, Frédéric Farine, correspondant du quotidien français La Croix et de Radio France Internationale (RFI), est accusé de "pédophilie" et de "détournement de mineurs" par deux membres de la Fédération des organisations minières de Guyane (FEDOMG) au cours d’une conférence de presse à Cayenne. Frédéric Farine est connu pour ses enquêtes sur les milieux de l’orpaillage. Trois jours avant la conférence de presse, dans un article intitulé "Travail forcé sur le Maroni [Centre-Ouest]", il avait rapporté le témoignage de Brésiliens accusant un patron orpailleur, Jean Bena, de les avoir contraints au travail forcé après leur avoir confisqué leur passeport. Le 18 juin, il avait couvert, pour Radio Caraïbes International (RCI), Radio France Internationale et www.rfi.fr, le procès de quatre orpailleurs de Maripasoula (frontière du Surinam) condamnés à cinq ans de prison pour avoir torturé un chercheur d’or brésilien. En juillet 2001, il avait également cosigné avec Laurent Marot, correspondant du quotidien français Le Monde, un reportage dénonçant l’existence de "quasi-milices" des patrons de l’orpaillage "qui font régner la terreur dans la région" et l’attitude des autorités à leur égard. Depuis, Laurent Marot et Frédéric Farine avaient reçu des menaces à plusieurs reprises. Un proche de Jean Bena a prévenu le correspondant du Monde : "Vous êtes les premiers sur la liste". Selon Laurent Marot, en février 2002, suite à la diffusion sur Radio Guyane d’un nouveau reportage sur l’orpaillage, Joseph "Popo" Machine, un autre patron orpailleur, l’avait appelé : "Marot, tu devrais t’intéresser à d’autres choses que l’orpaillage à Maripasoula. On en a assez de toi. Fais bien attention." Un mois plus tard, le même orpailleur le met en garde : "Comme Farine, tu nous emmerdes avec tes reportages. On va s’occuper de toi." |
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Le
Monde 16 Avril 2003
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En Guyane, des journalistes sont menacés de mort :
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Le Monde 17 Avril 2003
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EXPÉDITION
PUNITIVE
Christophe
Marquand, leur rédacteur en chef à la radio de
RFO, rapporte que MM. Marot et Farine ont reçu des menaces
à la suite de leurs différents reportages sur
Maripasoula.
Le procès d'assises que suivait M. Farine mercredi concernait donc encore ce dossier. Le prévenu est accusé d'avoir participé à une fusillade qui avait grièvement blessé un Brésilien et causé la mort d'une grand-mère en décembre 2000. Cet homme était à l'époque employé d'un des plus gros orpailleurs de Maripasoula, M. Béna. Des témoins ont reconnu plusieurs des auteurs de cette expédition punitive. Selon le rapport d'instruction, M. Béna aurait prié avec insistance l'accusé de se présenter à la gendarmerie. C'est pour avoir rapporté cet élément à la radio, en présentant la session d'assises, que M. Farine a déclenché l'ire de cet orpailleur. Le journaliste a porté plainte pour violences volontaires et menaces de mort. Martine Valo.
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Blada
Octobre 2004 (Journal de Kourou)
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UN PROCÈS POUR LA LIBERTE DE LA PRESSE EN GUYANE
Lundi 11 octobre 2004 se déroulait à Cayenne le procès en appel du journaliste Frédéric Farine contre l’orpailleur Jean Bena.
Un
procès exemplaire
puisqu’il s’agissait de pressions
exercées sur un journaliste dans le cadre de ses fonctions. Ce
procès n’a pourtant fait l’objet que
d’une brève sur les ondes de radio et
télé Guyane, malgré la
présence d’un journaliste de RFO radio qui a
visiblement réalisé plusieurs
interviews sur place.
Condamné en première
instance, Jean Bena avait fait appel de cette décision, et
comme en première instance, l’orpailleur
était absent de l’audience.
Un nouveau témoin
Un nouveau témoin se présente ce lundi 11 octobre. Il s’agit d’un employé du Parc Naturel Régional qui a assisté à une partie de la scène depuis le balcon du PNR. Attiré par les cris, il était venu au balcon : "Béna criait" dit-il "J’ai vu deux baffes données par Monsieur Bena", dit le témoin, "Farine ne ripostait pas, il essayait de protéger son appareil photo".
Les circonstances
Frédéric Farine rappelle les circonstances : il sortait de la première matinée d’un procès pour meurtre à l’arme de guerre à Maripasoula, qu’il avait couvert pour RFO. Au cours de ce procès, rappelle Farine, l’ordonnance de mise en accusation de l’accusé précisait qu’il habitait au village Métal de Jean Bena, rive surinamaise (à 15 minutes de pirogue de Maripasoula), et qu’il s’était dénoncé sur l’insistance de Jean Béna, son employeur. C’est notamment d’avoir relaté ce fait sur RFO qui semble avoir déclenché la fureur de Jean Bena ce jour-là. Cité en qualité de témoin, Jean Bena ne se présentera pas à l’audience mais, accompagné d’un individu, agressera Frédéric Farine sur les marches du Palais juste après le procès, sous les yeux de son confrère Laurent Marot.
Frédéric
Farine rappelle les
paroles, entrecoupées de menaces,
proférées par Jean Béna lors de son
agression : "Pourquoi tu écris autant
d’articles sur moi ? Pourtant je ne te dois pas
d’argent ! A partir de maintenant, c’est fini, tu
arrêtes d’écrire sur moi !".
Frédéric Farine conclut : "Depuis cette
affaire, peut-être que l’intimidation a
marché, parce que je n’ai plus écrit
une ligne sur ce dossier."
Les faits sont simples
Pour Me Ewstifeieff (avocat de RFO), "les faits sont extrêmement simples", il s’agit de faire taire Frédéric Farine. "Jean Béna n’a jamais engagé la moindre action en diffamation publique contre Frédéric Farine alors qu’il l’a fait contre plusieurs autres journalistes "(1), dit l’avocate qui demande la confirmation du premier jugement.
A moins qu’on ne veuille cadenasser ce pays !
Me Lingibé (avocat du Syndicat National des Journalistes) redonne la définition juridique du terme de journaliste : "Sont journalistes au sens de l’article L761-2, ceux qui apportent une collaboration intellectuelle et personnelle à une publication périodique en vue de l’information des lecteurs, peu important qu’une carte professionnelle leur ait été remise". Me Lingibé précise que 2/3 de la profession est composée de pigistes et verse au dossier les statuts du SNJ déjà produits en première instance.
Me Lingibé cite un texte très fort de la Cour européenne des droits de l’homme sur la liberté d’expression :
(..) La liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels de pareille société, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun. (..) elle vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’Etat ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de "société démocratique". (...). (2)
"A moins qu’on ne veuille cadenasser ce pays !" s’exclame Me Lingibé dans sa conclusion.
Le Ministère public demande confirmation de la condamnation. En première instance, Jean Bena avait été condamné à 4 mois de prison avec sursis, assortis de 3000 euros d’amende.
Le violent, c’est Farine !
Me Duhamel, l’avocate de l’accusé Jean Bena, intervient en dernier, comme il est de règle. Venue de Fort-de-France pour défendre ce dossier, l’avocate précise d’emblée que Jean Bena, cet homme d’origine bushinengé, père de 14 enfants, est un modèle de réussite pour sa communauté, mais qu’il a été "présenté comme tortionnaire, criminel, malfaiteur dans des articles particulièrement durs et tendancieux". "On s’interroge encore sur le fait que je le représente", poursuit-elle, "il a été obligé d’aller chercher de l’aide à l’extérieur, il fallait un autre regard sur ce dossier". Pour Me Duhamel, "on peut dire que Bena a été jugé sans avocat" en première instance. (Un propos qui va bien faire plaisir à Me Lama, le talentueux avocat de la première heure.) Me Duhamel s’exclame : "Le violent, c’est Farine, c’est Marot l’être violent !".
Me Duhamel revient aux Bushinengé à qui "on a laissé des miettes, parce qu’on a tout laissé aux multinationales" et s’étonne du fait que Jean Bena ait été cité à un procès comme étant l’employeur de l’accusé (le procès dont sortait Frédéric Farine au moment de l’agression, l’accusé ayant été défini comme un employé de Jean Bena, tantôt comme chasseur, tantôt comme agent de sécurité). Jean Béna, dit Me Duhamel "a des vigiles comme tous les supermarchés, il ne fait pas, lui, d’opérations anaconda, il protège". Elle évoque six plaintes pour diffamation déposées par Jean Bena et cite à plusieurs reprises internet pour expliquer que l’image de son client a été ternie dans le monde entier. "Ces plaintes ont toutes été rejetées pour vice de procédure " souligne-t-elle.(3) Me Duhamel reprend : "Le journalisme peut être une méthode fascisante pour détruire une famille. C’est une prise de position politique de détruire le Bushinengé. S’il [Farine] avait été un vrai journaliste, il n’aurait pas fait ça !"
Pour Me Duhamel "Bena est un homme d’une honnêteté rare" qui a subi une "torture morale". En s’appuyant sur le témoignage d’un agent témoin de la fin de l’agression (la dernière gifle) et qui n’est pas intervenu, considérant qu’il s’agissait "de faits de nature contraventionnelle", elle conteste les coups de poing reçus par Farine, parce que, dit-elle "un coup de poing de Jean Béna l’aurait assommé". "Monsieur Farine est un homme redoutable", poursuit Me Duhamel, "il l’a cherché !". Elle demande à la cour de "tenir compte de la personnalité de cette personne qui a poussé à bout ce père de famille". "Béna est une figure authentique de l’orpaillage, il a montré que même si on n’est pas allé à l’école on peut réussir, C’est une démarche pour disqualifier ce peuple". Pour Me Duhamel, son client a été "sali, traîné dans la boue, par Monsieur Farine".
Le jugement a été mis en délibéré au 22 novembre 2004.
Hors sujet
A aucun moment il ne sera question au cours du procès du fait que Jean Bena est actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré par un juge d’instruction du parquet de Cayenne à des fins de mise en examen pour exploitation irrégulière, travail dissimulé, aide au séjour irrégulier d’étrangers, faits de contrebande et détention d’armes de 2ème catégorie, et que plusieurs plaintes ont été déposées contre Jean Bena, au Brésil et en Guyane, par ses anciens employés clandestins.
Absent au
procès, le
patron orpailleur guyanais Jean Bena, a été
condamné à deux ans de prison ferme.
Il a aussi
été condamné à 30 000 euros
d'amende, mardi 28 mars, par le tribunal de Cayenne, pour exploitation
aurifère illicite, travail dissimulé, contrebande
de marchandise et aide au séjour irrégulier.
La compagne de Jean Bena , mise en examen le 27 mai 2004 pour recel de biens émanant des activités illégales de l'orpailleur, a pour sa part, été relaxée. Jean Bena était poursuivi pour avoir exploité de début 2001 à fin juin 2003 plusieurs chantiers aurifères sans autorisation dans le sud-ouest guyanais à Maripasoula, commune de 18000 km carrés, enclavée entre fleuve et forêt à la frontière du Surinam. Les poursuites concernaient principalement une mine illégale exploitant l'or primaire sans autorisation à Dorlin (commune de Maripasoula) au pied de la montagne Nivrée sur un permis de recherche d'une filiale de la multinationale Guyanor. Sur cette mine de Dorlin, le 24 juin 2003, lors d'une opération Anaconda, les gendarmes avaient trouvé 19 ouvriers, près de 3 kilos d'or, du matériel d'orpaillage avant de dynamiter la mine et de détruire notamment une pelle mécanique, des quads, des broyeurs, des moteurs, des groupes électrogènes et une dizaine de carbets. Selon le journal France- Guyane du 28 juin 2003, des géologues, s'étant rendu sur les lieux, auraient estimé que cette mine illégale avait traité 500 000 tonnes de terre et de roche pour une production largement supérieure à 500 kilos d'or. Jean Bena en fuite, s'est réfugié depuis début 2004, dans sa propriété de Métal, un domaine agricole sur la rive surinamaise du Maroni, à 20 minutes de pirogue du bourg de Maripasoula. Fin 2004, Jean Bena avait déjà écopé de 2 mois de prison avec sursis, pour avoir agressé, le 14 mai 2003, en plein jour, un journaliste devant le tribunal de Cayenne. Ce journaliste couvrait pour RFO (Réseau France Outre-mer) le procès en assise d'un agent de sécurité du patron orpailleur, Amoïssio Kido, condamné ce jour là à 10 ans de prison ferme, pour meurtre commis à l'arme de guerre. |
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France-Guyane
du 22 Septembre 2004
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FRANCE - GUYANE - 22 septembre 2004 - Reporters Sans Frontières demande des explications sur la discrimination exercée par la Préfecture à l’égard d’un journaliste. |
Reporters sans frontières s’est inquiétée du refus de la préfecture de Cayenne de permettre au journaliste Frédéric Farine de suivre la visite du ministre de l’Outre-mer, Brigitte Girardin, en déplacement en Guyane.
"Notre organisation s’inquiète de la discrimination dont semble être victime Frédéric Farine de la part de vos services", a déclaré l’organisation dans une lettre adressée à Ange Mancini, préfet de Guyane. "Les explications fournies par Daniel Josserand-Jaillet, votre directeur de cabinet, sont battues en brèche par les témoignages de plusieurs journalistes. C’est pourquoi nous vous demandons d’apporter des éclaircissements sur les raisons qui ont conduit à refuser à M. Farine le droit de couvrir l’un des déplacements de Madame Girardin", a demandé Reporters sans frontières.
Le 16 septembre 2004, Frédéric Farine, correspondant en Guyane du site Internet de Radio France Internationale (RFI), s’est vu refuser le droit d’accompagner le ministre de l’Outre-Mer, le 18 septembre, sur une opération de destruction de sites clandestins d’orpaillage dans le sud du département (opération Anaconda). "Vous écrivez constamment des choses déplaisantes sur les services préfectoraux, je ne vous inscris pas sur les listes de journalistes pour la visite de madame Girardin", aurait répondu Daniel Josserand-Jaillet, directeur de cabinet du préfet, à Frédéric Farine quand il a demandé à pouvoir monter à bord de l’hélicoptère militaire mis à la disposition de la presse.
Contacté dans l’après-midi du 16 septembre par Laurent Marot, correspondant du quotiden Le Monde en Guyane, le directeur de cabinet aurait confirmé que Frédéric Farine avait été exclu en raison de son "comportement outrecuidant" et de ses "articles déplaisants" envers les services préfectoraux. "Tous les services ont pour instruction de ne pas communiquer avec lui", aurait-il précisé au journaliste. Un journaliste qui écoutait la conversation aux côtés de Laurent Marot confirme son témoignage.
Dans une conversation téléphonique avec Reporters sans frontières le 22 septembre, Daniel Josserand-Jaillet a démenti avoir invoqué des "articles déplaisants" pour opposer un refus à la demande de Frédéric Farine. "L’hélicoptère était plein et prêt depuis une dizaine de jours. Or, M. Farine a appelé deux jours avant", a-t-il expliqué à l’organisation. "Il s’est effectivement montré outrecuidant en exigeant d’être pris à bord au motif qu’il était un contribuable qui payait ses impôts", a-t-il ajouté. Frédéric Farine dément, pour sa part, avoir tenu ces propos à M. Jaillet : " Je lui ai dit que je prenais acte de sa décision" indique le journaliste.
Alexandre Rozga, de l’Agence France-Presse (AFP), qui avait contacté les services préfectoraux le même jour que Frédéric Farine, s’était entendu répondre qu’une place était disponible et ne l’avait finalement pas prise. Denis Vannier, de la chaîne de télévision locale ACG, et Jocelyne Elgouach, de la chaîne RFO, qui sont montés dans l’hélicoptère militaire mis à la disposition de la presse le 18 septembre, affirment qu’une place était libre. Présent sur le lieu de départ de l’hélicoptère, Frédéric Farine n’a pas été admis à bord pour autant.
Dans le numéro de juillet 2004 du mensuel Menmomag, ce dernier avait publié une enquête sur la délivrance présumée frauduleuse de titres de séjour par la préfecture de Cayenne. Frédéric Farine est également connu pour ses articles sur les violences dans le milieu de l’orpaillage
| 3-Article paru dans Le Monde Diplomatique :Maurice Lemoine février 2001 |
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4- Articles parus dans le
Journal Le Monde - Laurent Marot et Frédéric Farine Fuillet 2001IlLa |
"De dérive en dérive, un ordre para-républicain s'est installé dans la zone du haut Maroni. Un exemple entre mille : les mésaventures de Michel Jégu, chercheur à l'Institut de recherche et de développement, en mission dans la région à la fin de 1997. "A la confluence d'Inini voie d'accès aux gisements aurifères de Dorlin, nous avions pris des photos de pirogues. Des orpailleurs sont arrivés pour saisir nos appareils. Ils portaient des vêtements paramilitaires et un béret rouge. Ils avaient des armes avec des chargeurs en dessous, raconte-t-il, je suis allé voir l'adjudant de gendarmerie de l'époque qui m'a dit qu'il les connaissait, que c'était des gens sympathiques chargés de réguler le trafic." Michel Simon, ancien assistant de police judiciaire aujourd'hui en retraite, raconte d'une autre façon les échanges avec ses présumés "collègues": "Les hommes de Monsieur B. arrivaient en plein bourg vêtus de costumes paramilitaires, parfois avec des kalachnikovs. Nous sommes intervenus pour leur demander de laisser leurs armes dans les pirogues. Ils nous ont rétorqué : "Nous, les jungle commandos, on peut faire sauter la brigade.
-
les droits des peuples autochtones et des minorités,
dès 1999,
Le successeur de Dominique Vian en Guyane doit faire face à une nouvelle crise : des orpailleurs ont investi la rivière Waki, une zone à accès réglementé. Là-bas, à deux heures de pirogue du bourg, vivent des communautés amérindiennes au mode de vie presque inchangé : chasse, pêche et RMI. Certains orpailleurs font valoir une autorisation provisoire d'exploitation signée en 1998 par la direction des services fiscaux."
"En novembre 2000,
Cinq hommes
torturés ont été reçus au
dispensaire (...). Ils avaient des brûlures de cigarette sur
le corps, de l'essence étalée sur les poils, puis
brûlée ; de gros hématomes et des
fractures. (...) Les victimes ont toujours des marques d'attaches aux
poignets et aux chevilles. Un jour, une victime a reçu un
coup de fusil tiré à bout portant dans la cuisse.
Le but n'était pas de tuer mais de faire mal."
"Le 29 janvier 2001,
Une
chambre du service orthopédique de
l'hôpital de Cayenne : sur le lit, sous perfusion, un homme
chétif, visage meurtri, membres
tuméfiés, une broche de quarante
centimètres dans la jambe gauche. Abandonné
quelques jours plus tôt en pleine forêt,
près de Maripasoula, avec trois balles dans le corps, ce
garimpeiro (chercheur d'or) brésilien était venu
chercher du travail en Guyane. Après avoir quitté
sa terre natale, le Maranhao, il a tenté sa chance sans
succès près d'Anapaïké, au
Surinam, puis a poursuivi sa route plus à l'est.
Accompagné d'un compatriote de soixante et un ans,
surnommé "le vieux", il a rejoint Maripasoula en pirogue.
"Dans le bourg, six hommes nous ont abordés en disant : on
est la police. Ils nous ont confisqué nos papiers puis nous
ont conduits au Surinam." L'homme s'interrompt. Il éclate en
sanglots. Ses poignets fébriles portent des traces de liens.
"Quand la pirogue est arrivée sur l'autre rive, ils nous ont
ligotés, frappés à la tête
puis emmenés dans la forêt. Ils nous ont
attachés à un arbre pour nous tirer dessus. J'ai
reçu deux balles dans la jambe droite, une dans la jambe
gauche. Leurs tirs ont rompu une partie de mes liens et j'ai
arraché le reste avec les dents. Nous avons rampé
une journée. Après une nuit, le vieux ne me
répondait plus : il était mort. Pendant trois
jours, j'ai bu l'eau du fleuve et mangé de l'herbe. Enfin,
grâce à Dieu, un piroguier m'a
récupéré."
Ce genre de drame n'est pas rare à Maripasoula, capitale de l'orpaillage, la plus vaste "commune" de France : 3 600 habitants éparpillés dans un rayon de 150 kilomètres, coincée entre la forêt amazonienne et le Maroni, fleuve frontière du Surinam voisin. "C'est par vague, note une infirmière du dispensaire."
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